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Chômage longue durée #3 : un parcours semé d’embûches

TemoignagesAu-delà des difficultés morales, les soucis financiers se font rapidement ressentir pour les demandeurs d’emploi. Difficile d’admettre que l’on ne peut plus participer aux dépenses du foyer ou de changer radicalement de train de vie. Et face à un système public complètement dépassé par l’afflux de chômeurs, il faut apprendre à se débrouiller seul. Le chômage longue durée est pourtant un véritable phénomène de société puisqu’il concernait près de 41 % des demandeurs d’emploi français en 2011 (chiffres BIT).
A travers 4 billets diffusés cet été sur Mode(s) d’Emploi, plusieurs chercheurs d’emploi nous font part de leur(s) expérience(s), présente(s) ou passée(s) et nous livrent leur ressenti et leurs conseils…

Selon le nouvel indicateur de Pôle Emploi, les personnes inscrites au chômage au dernier trimestre 2011 ont une forte probabilité d’attendre 359 jours avant de retrouver un poste. Les demandeurs d’emploi de 50 ans ou plus sont les plus touchés et connaissent une durée moyenne de chômage d’environ 6 mois et demi plus longue que les moins de 25 ans. Pour les femmes, il faut ajouter un mois de plus.
« Lorsque les personnes se retrouvent au chômage, elles ont souvent l’espoir que le système va faire quelque chose pour elle » explique Sylvaine Pascual, coach en reconversion professionnelle. « Finalement elles déchantent assez rapidement. Et plus les attentes sont fortes, plus la réalité est brutale. »

Un accompagnement loin des attentes

« Je n’ai eu pour ma part que deux rendez-vous avec une conseillère en un an alors qu’il est normalement prévu d’être reçu une fois par mois… » raconte Pierre, 31 ans, Chargé de recrutement en recherche d’emploi depuis un an. « Finalement, une personne en recherche d’emploi doit compter principalement sur elle-même ainsi que sur son réseau, si elle a la chance d’en avoir un… ».
Beaucoup entendent, de la part même de leur conseiller emploi, qu’il ne peut rien faire pour eux ou qu’ils peuvent toujours essayer de monter leur entreprise. C’est dire si le système est dépassé…
L’été est aussi une période particulière pour les personnes inscrites au chômage. L’ambiance est à la psychose selon l’AFP. Echaudées par le précédent de l’été 2011 où le nombre de radiations avait explosé, des associations de chômeurs les ont récemment appelés à la vigilance, craignant une campagne de radiations estivale. Des pratiques démenties par Pôle Emploi.

Opérationnel vs psychologique

« Il y a des d’énormes lacunes en termes d’accompagnement, et pas seulement pour les chômeurs de longue durée » regrette le coach Sylvaine Pascual. « En France, on ne prend pas en compte la dimension psychologique de la recherche d’emploi, mais seulement l’aspect opérationnel. Pourtant, d’autres pays comme le Québec sont très en avance sur ce point. » Sauf qu’aujourd’hui, même l’opérationnel ne suit plus… Actuellement, on dénombre un conseiller pour 250 demandeurs d’emploi. Et les agents de Pôle Emploi déplorent être devenus des agents de tri plutôt que des accompagnateurs.

Pourtant, en 2009, le recours à la sous-traitance auprès d’une trentaine d’opérateurs privés pour la prise en charge du grand nombre de chômeurs longue durée avait laissé entrevoir un espoir. Mais en 2011 Pôle Emploi a réduit de deux tiers le nombre de partenaires. « S’il n’y a pas d’outil universel ou miraculeux pour reprendre confiance en soi, développer de l’assurance ne se fait pas seulement en passant des entretiens d’embauche d’entraînement ! » regrette Sylvaine Pascual.

« De gros problèmes financiers »

Pour les demandeurs d’emploi, il y a pourtant urgence, car les factures continuent de tomber, et tous n’ont pas la « chance » (toute relative) d’avoir un conjoint en poste. C’est le cas de Patrick, 58 ans, Responsable et Chargé de communication au chômage depuis 3 ans. En fin de droits depuis quelques mois, il doit assurer seul « la survie alimentaire et social » de son couple (sa femme étant au foyer) en puisant dans les maigres économies mises en place pour une retraite à laquelle il n’a pas encore droit. Aujourd’hui, il se dit à la fois « chargé de com’ mais aussi coursier, chauffeur, peintre, décorateur… » Il faut bien travailler. Au-delà de l’aspect matériel, difficile d’admettre que l’on n’apporte plus sa pierre à l’édifice familial. « Au niveau personnel, j’ai eu de gros problèmes financiers et un peu de honte par rapport à tous mes amis et à ma famille » raconte Sylvain, responsable marketing resté au chômage pendant deux ans avant de devenir paysagiste. Difficile également pour Julie, 30 ans, chargée de recrutement en recherche d’emploi depuis septembre 2011 : « Je gagnais plus que mon mari et maintenant c’est ce dernier (pourtant au smic) qui nous fait vivre … Imaginez la piqûre à la fierté ! »

« Le changement de train de vie, de rythme, le fait d’être seul face à son problème… Ce sont des points qui ne favorisent pas une certaine sérénité » explique Bernard Mauriange, Directeur commercial qui, pendant sa période de chômage, avait fait le buzz avec son CV en 4×3 affiché dans une rue de Nantes. Une rupture sociale difficile à encaisser. Mais comme dit Sylvie, ancienne militaire reconverti en assistante RH après de longues périodes de chômage, « il ne faut pas désespérer et persévérer ».

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Commentaires
  1. CHEVALME
    5 décembre 2015 - 22h46

    pourriez vous me donner la définition du sigle que l’on trouve au premier texte ci dessus 41 % des demandeurs d’emploi (chiffre BIT)

  2. regionsjob
    7 décembre 2015 - 14h55

    BIT = Bureau International du Travail

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