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C’est comment de travailler au Far West ?

Suite des aventures de Clémence, notre jobtrotteuse installée à San Francisco. Cette jeune étudiante de Sciences Po Rennes nous raconte le monde de l’entreprise américaine et nous fait part de la si typique friendly attitude américaine !

C'est comment de travailler au Far West ?

« Hi, How are you doing? », « Hey there, what’s going on!? », « Good morning, what’s up? » Telles sont les questions inévitables auxquelles les américains se soumettent chaque jour à la manière d’un rituel sacré, rituel qui saute aux yeux de l’européen – « froid » et taciturne – et ennuie les grognons du matin. Qu’on se le dise, les américains n’oublieront jamais de faire sentir à l’individu qu’ils rencontrent qu’ils ont conscience de sa présence. Ainsi, je passe un temps heureusement non calculé à répondre aux questions de mes collègues concernant l’état dans lequel je me trouve ce jeudi matin à 11h30, ce jeudi soir à 18h30, ce midi devant ma salade.
Mais le rythme est irrésistible et je me mets moi aussi à ponctuer mes allers et venues dans les couloirs par des petits « Hey there ! » accompagnés de sourires incontrôlables. Les américains sont profondément « friendly » et polis au travail comme dans la rue, ils se pressent de dire merci et chaque fin de mail sera ponctuée d’une façon de saluer le geste, le service que vous venez d’accomplir pour lui. Dans cette atmosphère confortable, les collègues peuvent blaguer sans soucis,  il n’est jamais étonnant qu’un de vos supérieurs demande des nouvelles du p’tit dernier, et -dans cette région hyper connectée qu’est la Silicon Valley- il est devenu assez anodin d’ajouter ses collègues sur Facebook et Twitter.
Le concept du win-win
Lorsque mes recherches de logement se sont éternisées, j’ai de nombreuses fois eu le droit aux conseils de mes « co-workers » concernant la marche à suivre, et quasi-systématiquement, ceux-ci m’ont fait savoir qu’ils me tiendraient au courant d’un possible bon plan. S’il est vrai que ce genre de démarche solidaire -très courante aux USA- peut paraître quelque peu surfaite et pas forcément sincère, elle aboutit parfois à de véritables solutions.
Cette passion du service « remercié » et reconnu à sa juste valeur se ressent même dans mon quotidien de stagiaire : le concept de « win-win » est en effet présent dans les relations avec les supérieurs/collègues. Si vous accomplissez correctement la tâche que l’on vous donne à faire, nul doute que votre implication sera reconnue, estimée, augmentant le quotient de confiance qui vous est accordé, vous permettant de progresser et d’aspirer à des missions de plus en plus valorisantes. Ce genre de récompenses au  » mérite  » ou encore de compliments toujours appréciables est une des différences, selon moi, les plus notables entre le management à l’européenne et le management à l’américaine.
A coups d’efforts et de sur-implication, on peut gravir les échelons à la vitesse de la lumière. C’est là toute la mythologie du monde de l’entreprise américain et de la société qui l’a vu naître en général : du self-made man qui se construit à partir de rien au pionner qui part à la conquête du Grand Ouest, on arrive au 70h de travail par semaine et à la compétition pour l’innovation qui deviendra demain un produit indispensable au niveau mondial. Individualisme, dépassement de soi, héroïsme, succès professionnel forment un cocktail détonnant, stimulant mais aussi et souvent stigmatisant.

« Je travaille donc je suis »
Il n’y a pas de pays où « l’éthique du travail » telle que la concevait Weber dans L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme ne soit plus ancrée qu’aux USA. Plus simplement, et parce que la société américaine juge chacun au travers du prisme de la réussite professionnelle, l’américain se définit par son « job ». Il est ainsi amusant – parfois effrayant, de constater au quotidien ces petites différences qui distinguent clairement un Américain d’un Français au travail. Celles-ci s’illustrent de manière frappante au niveau du rythme d’une journée travaillée.

Premièrement, on ne « pointe » pas dans les organisations américaines au sens où un employé peut arriver en retard (sauf lors d’une réunion où il est universellement mal vu de faire une entrée remarquée) et ne pas être gêné par des regards désagréables ou quelconque remarque bien sentie. Mais qui dit pas d’heure d’arriver fixe dit aussi pas d’heure de départ figée. Ainsi, les américains resteront aussi tard que nécessaire et s’adapteront à la dose de travail qui est la leur. Peut-être le fait qu’il n’existe pas de « semaine de 35h » aux USA participe-t-il à créer ce genre d’emplois du temps très aléatoire, quasi-aliénant diront certains, flexible et efficace diront d’autres.
De la pause française et américaine
Mais le détail qui pour la française que je suis est le plus difficile à comprendre (ne serait-ce qu’à envisager et en dépit de l’inexistence des 5 semaines de congés payés, OK) est l’absence de pauses repas le midi. Par « pause », j’entends un repas pris à l’extérieur du bureau durant un laps de temps d’une heure, ou au moins dans une salle différente de l’espace de travail habituel. Ce concept, clairement, est inconnu aux américains pour qui la petite « pause » déjeuner consiste en la synchronisation de l’envoi d’un mail d’une main et le port de la fourchette jusqu’au Tupperware de l’autre main, le tout sur une chaise devant l’ordinateur, dos à leurs collègues. Encore aujourd’hui je suis surprise de constater à quel point mes petits pique-niques sur l’herbe du parc qui entoure mon bureau semble choquer les âmes travailleuses de mon entreprise, qui rappelons-le, reste une non-profit organization.
Préparez-vous donc, Français qui voudraient se frotter au rêve américain à oublier votre entrée/plat/fromage/dessert accompagnés d’un verre de vin rouge ; ce temps est révolu, bienvenue au paradis des snacks à tout heure.

Souvent, je m’interroge sur cet engouement pour les journées sans pause, cet amour du « j’ai toujours l’air occupé » si chère aux américains. Il faut s’investir à 100%, chaque seconde est importante pour réussir et décrocher la promotion qui boostera une carrière. Indéniablement, la peur de devenir un « looser » plane sur les comportements , une crainte certainement liée à la projection que chacun se fait d’une perte d’emploi qui coûterait les études du petit dernier ou les soins hospitaliers du conjoint, dans ce pays où une année de maternelle comme une journée d’hospitalisation représentent un véritable investissement.

Etrange pays, étrange cercle vicieux, mais vertueux à la fois où parce qu’il est fragile le rêve se pousse toujours plus loin. Ici, on risque beaucoup et on obtient beaucoup, aussi. C’est encore en Californie qu’on invente demain et l’individualisme poussé à ses limites en est peut-être le secret, c’est vrai. Mais lorsque j’apprends, incrédule, le licenciement d’un collègue quelques jours avant Noël, via une simple ligne dans le compte rendu hebdomadaire et non pas par mes autres co-workers qui semblent heureux, fringants et « friendly » comme chaque jour, je me dis que oui, la France parfois me manque.

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