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Burn out, et après ? Ils racontent leur retour au travail

Pas encore reconnue comme maladie professionnelle, le burn out fait pourtant beaucoup parler de lui. « Maladie du trop » ou « maladie de l’Humain », comment les personnes qui ont vécu un burn out ont réussi à retourner au travail ? Peut-on reprendre son poste ? Faut-il au contraire changer de métier ? D’entreprise ? Déménager ?

Elles s’appellent Elise et Anne, ont toutes les deux la trentaine, et ont en commun un burn out récent. A l’origine de leurs deux histoires, un nouveau job. Chacune dans leur secteur, elles venaient de commencer un nouveau travail. « Je sortais de 2 ans de chômage. Cette opportunité dans une startup avec de grandes ambitions représentait beaucoup pour moi. Le poste répondait à toutes mes attentes, je l’avais recherché et attendu ! » se souvient Elise.

Pour Anne, la situation était un peu différente. « Je venais de commencer un nouveau travail quand tout s’est écroulé, mais c’était dû à mon ancienne expérience. J’exerçais le boulot de mes rêves auparavant, mais dans un contexte qui était devenu insurmontable. J’ai démissionné, ai postulé à un autre job sur un coup de tête. En 15 jours, c’était réglé. J’ai tout quitté : une ville où j’étais bien installée, l’appartement que j’avais acheté, mes amis, mes collègues, mon boulot… Mais je n’avais pas réalisé que j’avais atteint un point de fatigue extrême qui, avec le changement de vie brutal, a déclenché un burn out ».

« Le burn out n’est que la fin d’une longue descente aux enfers que l’on nomme le processus d’épuisement »

Un conflit entre une personnalité passionnée et un environnement hostile

Aude Selly, victime elle aussi d’un burn out professionnel il y a quelques années, est l’une des premières personnes à avoir porté le sujet sur la place publique. Epuisée mentalement, physiquement et émotionnellement, elle a tenté de mettre fin à ses jours en mai 2012. Après un long parcours de reconstruction, elle est aujourd’hui consultante en prévention des risques psychosociaux et formatrice en entreprise. Elle explique, dans ses différents ouvrages, le processus qui mène à ce point de non-retour. « Le burn out n’est que la fin d’une longue descente aux enfers que l’on nomme le processus d’épuisement » explique-t-elle. « Et ce processus nait d’un conflit entre une personnalité et un environnement de travail délétère, hostile ». Surcharge de travail, exigence émotionnelle, conflit de valeurs… « On l’appelle également la maladie du trop » poursuit-elle.

Une analyse qui fait écho avec de nombreux témoignages de salariés. Ainsi, Anne faisait des semaines de 45 à 50h au bureau. Elle rédigeait des articles, beaucoup d’articles, s’occupait du pool de freelances, couvrait des événements, faisait des interviews, gérait les réseaux sociaux… « On était une petite structure : le boss, moi, et deux autres salariés, en mode start-up. On avait peu de moyens, il fallait donc être partout, être ultra réactif et se donner à fond » résume-t-elle. Des journées sans décompresser, qui se poursuivaient le soir chez elle, où elle faisait sa veille professionnelle et continuait de suivre toutes les notifications qui arrivaient sur son téléphone, même la nuit…

Même schéma pour Elise, embauchée pour gérer le lancement de la communication et la rédaction d’appels à projets et demandes de subventions au sein d’une startup. « Le projet était innovant et la communication avait été identifiée comme un enjeu important pour l’entreprise car elle devait assurer la bonne réception de son concept sur un marché parfois réticent aux nouvelles technologies. L’entreprise voulait se lancer sur KickStarter. La communication cristallisait donc beaucoup d’attentes. Mais il était difficile d’avancer et de poser des bases stables. J’avais par ailleurs du mal à me faire respecter dans un univers masculin essentiellement composé d’ingénieurs. Je travaillais souvent les soirs et les week-ends, en France et à l’étranger »

Mais pourquoi ne sont-elles pas parties plus tôt ?

Mais pourquoi ne sont-elles pas parties plus tôt ? C’est la question que l’on est en droit de se poser à la lecture de ces témoignages. Mais, comme le rappelle Aude Selly, les personnes touchées sont des personnes passionnées, très engagées, très impliquées dans leur quotidien, qui bien souvent adorent leur job.

« Je culpabilisais beaucoup. Je me disais c’était en partie de ma faute, que je devais apprendre à gérer mon stress, que c’était le début d’un nouveau job, qu’il fallait que je m’habitue » explique Elise. Anne, elle, adorait son job. « Je fonçais sans me poser de questions, mais au bout de 3 ans et demi, j’ai compris que le boss était beaucoup moins investi que moi dans son entreprise. Il avait atteint le point où la boîte lui générait un salaire suffisant, et lui, ça lui suffisait. Sauf que je n’avais pas le droit de baisser mon rythme. Lorsqu’il a refusé de me donner un lundi de récupération après la couverture de 3 jours de festival – sur un week-end donc- j’ai raccroché ».

4, 3, 2, 1.. burn out

Il y a quatre phases dans le processus d’épuisement qui mène au burn out. La phase de plaisir : tout se passe bien, la personne aime son poste et s’épanouit. La phase d’alarme : le temps de travail commence à s’allonger et à grignoter sur le temps personnel, et les premiers signaux apparaissent. Le premier signal sera toujours physique : troubles du sommeil, fatigue intense que de longues nuits ou des vacances ne réparent pas, troubles musculosquelettiques (maux de dos, lombalgies, torticolis…), perte de poids, reflux gastro-oesophagien…

Elise, a par exemple commencé à développer un urticaire géant sur tout le corps, sauf au visage. « Démangeaisons, plaques rouges… Toute ma peau était en lambeaux, et je luttais constamment pour ne pas me gratterC’était très difficile à vivre, même si cela ne se voyait pas puisque mon visage était sauf… comme si je voulais garder la tête hors de l’eau. Puis j’ai commencé à avoir une boule au ventre quand j’allais au travail. Je n’éprouvais plus aucun plaisir dans ce que je faisais, je pleurais beaucoup. Peu à peu j’ai perdu le sommeil, et beaucoup maigri, je n’avais plus d’appétit. Je n’allais plus au sport (pas assez de temps ni d’énergie), je n’arrivais plus à cuisiner, j’étais épuisée, renfermée, très susceptible et de mauvaise humeur ».

Des symptômes quasiment identiques se sont développés chez Anne : « J’étais malade en permanence, j’enchainais otites, angines, sinusites… Je me couchais à 21h30 tous les soirs et je me réveillais épuisée. J’étais incapable de m’intégrer dans l’équipe. M’occuper de moi-même devenait difficile, j’ai perdu beaucoup de poids ».

Démarre alors la phase de résistance : le salarié bascule dans les émotions négatives, la perte d’estime de soi, démotivation, désespoir, etc., en plus de développer des conduites addictives pour tenir le coup (anxiolytiques, alcool, drogues, nourriture…). Elise se souvient ainsi avoir fortement augmenté sa consommation de cigarettes. En phase finale, la personne change radicalement de comportement, on ne la reconnait plus.

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Apprendre à se connaître et s’entourer de professionnels

Anne a eu la chance d’être orientée vers un psychiatre qui a immédiatement identifié les symptômes. « Ça a été un immense soulagement. Je comprenais enfin ce qu’il m’était arrivé, et surtout, ça me donnait les clés pour faire ce qu’il fallait pour aller mieux ». Inversement, Elise a fait face à un sentiment d’illégitimité. « Je n’ai pas voulu passer par un médecin car j’avais honte et je culpabilisais. Je pensais que cela n’était pas nécessaire ». Aude Selly a quant à elle goûté à « la pilule magique », des anxiolytiques, pour tenir le coup tandis qu’elle était dans le déni de ce qui lui arrivait.

Or, « on ne peut pas s’en sortir tout seulet se reconstruire après un burn out passe nécessairement par un long travail de connaissance de soi », insiste Aude Selly. Mais attention toutefois, le professionnel qui va accompagner dans le processus de reconstruction, qu’il soit issu du secteur de la santé ou non, doit absolument connaitre le monde de l’entreprise. Psychologue, psychiatre, coach… Seul une personne connaissant parfaitement le processus d’épuisement, inhérent à un environnement de travail, sera capable de détecter dans quelle phase se trouve la personne (cf. les quatre phases), et comment agir.

Sans (re)connaissance de soi, c’est la rechute assurée

Aude Selly est catégorique : sans une reconstruction solide et un véritable travail de connaissance de soi, c’est la rechute assurée. « Les profils touchés par le burn out sont des personnes très investies, très impliquées, voire très ambitieuses. Or, même si tous ces qualificatifs sont positifs à l’origine, ils se retournent vite contre nous quand l’environnement de travail est délétère. Et malheureusement, ce sont des schémas ancrés dans l’inconscient, qui ressortent systématiquement et nous font retomber dans nos travers si l’on n’a pas déconstruit ces mécanismes ».

Il faut donc prendre conscience que l’on doit pouvoir exister sans le travail, dans une société où l’on est défini à travers son poste, et dans laquelle le travail doit être une source d’épanouissement. « Faites le test ! L’une des premières questions que vous posera un inconnu lors d’un échange sera ‘Que faites-vous dans la vie ?’ » assure Aude. Il est essentiel de se détacher de cette injonction. A ce titre, l’entourage peut être d’un précieux secours, à condition de s’entourer des bonnes personnes. Si les parents de Anne l’ont énormément soutenue durant cette période, Elise a vécu une situation plus complexe avec sa famille. « Je me suis sentie jugée, ce qui a ajouté au manque de confiance en moi. Durant cette période, je me suis un peu éloignée d’eux ».

« Le travail doit être structurant, il ne doit pas être aggravant »

Par ailleurs, ce n’est pas parce que certaines personnalités sont plus exposées que d’autres qu’elles vont forcément s’effondrer à nouveau en reprenant le chemin du bureau. C’est uniquement parce qu’il y aura eu, à un moment donné, un conflit avec un environnement de travail hostile, que le salarié va basculer. « Le travail doit être structurant, il ne doit pas être aggravant ».

La reprise : nécessité financière, collègues jaloux…

La nécessité financière pousse souvent les personnes à retrouver du travail avant d’être totalement reconstruites. Aude Selly, n’y a pas échappé, mais sans pour autant rechuter, au contraire. Alors qu’elle avait été manager puis responsable des ressources humaines pour un grand groupe international, elle a postulé en tant que réceptionniste dans un hôtel quelques mois après son burn out. « Malgré mes anciennes fonctions prestigieuses, jamais je ne me suis dit que ce métier était dévalorisant et peu payé. J’étais vraiment très sereine, loin de toute sur-affectivité, ce qui me permettait de ne pas être touchée par les remarques, et apprécier mon poste pour ce qu’il était ».

Pour les personnes qui souhaitent ou doivent reprendre le même poste, en revanche, cela n’est possible que s’il y a eu une préparation en amont avec la médecine du travail, les équipes RH et le manager, par exemple, afin de réfléchir à la meilleure réintégration possible. Le cas typique d’un retour non préparé se vérifie auprès des collègues. « Les relations interpersonnelles sont un des gros facteurs de risque. En effet, partir du jour au lendemain et durant une longue période est non seulement synonyme d’une perte de compétences, mais c’est aussi imposer une surcharge de travail aux collègues qui auront été obligés de se répartir votre travail, en plus de leurs missions ». De là naît une immense culpabilité chez la personne en arrêt et, bien souvent, de la rancœur au sein de l’équipe. Cette situation explosive, si elle n’est pas désamorcée en amont, ne permettra pas au salarié de reprendre le travail sur le long terme.

« Je n’avais pas du tout envie de retrouver un travail ‘normal’, je m’en sentais incapable et j’étais dégoutée ».

 … ou virage à 180 !

En règle générale, les personnes qui ont connu un burn out dans leur vie professionnelle, changent de métier et ou de secteur d’activité. En effet, l’une des caractéristiques de cette maladie reste son côté humain. Le burn out débouche inéluctablement sur une recherche de sens, d’équilibre dans ce que l’on va faire tous les jours. Elise a, par exemple, profité de sa période de chômage pour se « retaper » et se « recentrer sur l’essentiel ». « Je me suis tournée vers des activités nouvelles, des projets que j’avais envie d’expérimenter depuis longtemps. Je n’avais pas du tout envie de retrouver un travail ‘normal’, je m’en sentais incapable et j’étais dégoutée. J’envisageais alors un mode alternatif, une reconversion. Je voulais me tourner vers un secteur qui a du sens et de la valeur à mes yeux, le secteur ‘vert’, et me former aux savoirs des plantes médicinales, créer un jardin, etc. ». Au bout de quelques mois, grâce à un travail sur soi et le développement d’un nouveau réseau, on lui a proposé une opportunité. Un poste qui lui convient, avec un rythme plus proche de ses envies : une semaine de quatre jours. « Cela convient parfaitement à mon souhait de travailler dans un contexte plus paisible que ce que j’ai pu connaitre précédemment et ce, quitte à avoir un salaire moins élevé ». Un poste qu’elle occupe aujourd’hui à Nantes, et qui lui a fait quitter sa ville précédente, ce qui l’aide aussi à se reconstruire. « Je reste toutefois vigilante dans mon nouveau travail pour éviter ce que j’ai déjà connu ».

Cette rupture géographique, Anne aussi y est passée pour se reconstruire, même si elle est restée dans le même secteur d’activité. « L’écriture, le travail éditorial, c’est une véritable passion. C’est plus qu’un travail : je n’envisage pas de faire autre chose de ma vieJ’ai changé d’entreprise il y a peu et ai enfin retrouvé un poste qui me plait. Je suis content manager pour un blog-media. Quand j’ai démarré ce poste, c’était la première fois en quatre ans que j’avais envie et hâte de commencer un nouveau projet professionnel ».

En parler ou pas ?

Le sujet, bien que clairement identifié aujourd’hui, reste encore tabou. Pire encore, pour la majorité des gens, une personne qui fait un burn out est forcément une personne fragile qui a des problèmes personnels. D’où le choix de ne pas en parler, de peur d’être catalogué comme un salarié qui n’aurait pas tenu le coup, dans une société de la performance où l’on n’a pas le droit à l’erreur.

Ainsi, Anne n’a jamais évoqué son burn out avec ses supérieurs. Elle a le sentiment que cela aurait été perçu comme une faiblesse, pouvant lui porter préjudice. « Dans ma dernière entreprise, j’ai failli le faire. Il y avait davantage d’écoute et de compréhension. Mais c’est un sujet délicat à aborder avec sa hiérarchie ».

D’autant que l’on ne sort pas indemne d’un burn out. « J’ai mis beaucoup de temps à retrouver toutes mes capacités intellectuelles pour faire mon travail convenablement. Je me sens encore davantage sensible à des situations stressantes et je ressens encore des angoisses, même si c’est de manière plus ponctuelle ». Mais pour finir sur une note positive, Anne retient une chose essentielle : « ça m’aura au moins appris à m’écouter davantage, à être plus attentive aux signaux que le corps nous envoie et à faire davantage attention à moi ».

 

Consultante en ressources humaines, experte de la prévention des risques psychosociaux, du syndrome d’épuisement professionnel et du management de la qualité de vie au travail, Aude Selly met son expertise au service du diagnostic et de l’amélioration du climat social en entreprise. Elle a fondé le cabinet de consulting Mission RH et est l’auteure de 3 ouvrages :

 

 

  • Quand le travail vous tue, paru en mai 2013 aux éditions Maxima
  • Burnout, et après ? Comment le prévenir, comment se reconstruire, paru en novembre 2015 aux éditions Maxima
  • Renaissance : Il y a une vie après le burnout, paru en janvier 2019

istock/PeopleImages

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