Quand le pro envahit le perso, le « blurring » guette les salariés

75% des français équipés d’appareils mobiles professionnels travaillent pendant leur temps libre selon une enquête de PageGroup, spécialiste du recrutement et de l’intérim spécialisés. L’heure est donc au « blurring », un terme utilisé pour désigner le flou qui règne autour des frontières entre vie privée et vie professionnelle. PageGroup, qui a interrogé plus de 1600 personnes, note que si la porosité entre les deux sphères est bien réelle et inquiète les salariés.

Les objets connectés contribueraient à renforcer le flou, ou « blurring », qui règne entre vie pro et vie perso. Mais c’est surtout l’usage que les employeurs et les salariés en font qui influe directement sur la vie personnelle des travailleurs. Selon l’enquête PageGroup, 62% des sondés sont équipés d’au moins un outil (téléphone, ordinateur ou tablette) et les utilisent à des fins essentiellement professionnelles comme c’est le cas pour l’ordinateur portable : 59% des sondés en font un usage exclusivement professionnel, alors que le téléphone est utilisé au pro comme au perso même si la moitié des utilisateurs le cantonnent à un usage pro.

Stéphanie Lecerf, DRH France PageGroup : l’équipement des salariés et l’utilisation qu’ils font de ces outils numériques.

3 salariés sur 4 restent « connectés » hors temps de travail

Lire ses emails professionnels et y répondre, passer et prendre des appels pro pendant son temps libre… Une situation que vivent beaucoup de travailleurs aujourd’hui, en particulier les cadres. A l’ère du tout connecté, il faut certes vivre avec son temps mais cette hyper connexion semble peser de plus en plus sur la vie des actifs : « 66 % des personnes équipées jugent que les objets connectés ont une réelle incidence sur leur équilibre de vie, qui pour 41% d’entre eux est même considérée comme négative » selon l’étude. Dans les faits, 3 salariés sur 4 sont amenés à consulter leurs emails et à répondre à des appels pro en dehors du temps de travail. La pratique s’est même normalisée pour la plupart des cadres.

Les personnes interrogées dans l’étude disent se connecter à distance en raison de leurs responsabilités, mais 22% le font par crainte d’être jugés pas assez disponibles et 18% afin de se rassurer. Et même pendant les périodes où exercer son droit à la déconnexion paraît le plus évident – les vacances – 48% des sondés affirment travailler.

A lire : Les conséquences de l’hyperconnexion sur la santé des salariés

Des troubles psycho-sociaux divers en conséquence

Fatigue, stress, voire burnout… Les conséquences de cette porosité entre sphère professionnelle et sphère privée peuvent être néfastes. Pourtant, des solutions existent pour éviter cela. Le télétravail en fait partie : 49% des « utilisateurs » de télétravail pensent que l’impact de ce dernier sur l’équilibre de vie est positif mais ils sont tout de même 31% à penser que son impact est nul. De plus, le télétravail est aujourd’hui majoritairement utilisé par les cadres : 70% des personnes ayant accès au télétravail aujourd’hui sont à minima cadres selon PageGroup.

A lire : 2 salariés sur 3 souhaitent télétravailler en France

Stéphanie Lecerf, DRH France PageGroup : le télétravail, un bon compromis

Que l’on soit manager, cadre ou salarié, il paraît difficile de s’ériger contre l’hyperconnexion au risque d’avoir une mauvaise image au travail : celle d’une personne moins motivée et moins impliquée. On peut considérer les salariés comme en partie responsables : en utilisant les outils connectés professionnels mis à leur disposition dans leur vie personnelle, ils contribuent à effacer les frontières. De même, beaucoup n’arrivent pas à décrocher et se connectent en dehors de leur temps de travail. Dans ce cas, c’est à l’employeur de mettre le holà afin de préserver la santé de ses collaborateurs. Tout est une affaire d’équilibre.

Enquête PageGroup menée auprès d’un échantillon de 1 606 personnes représentatives des actifs ETAM et Cadres.

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Commentaires

  1. reine
    13 avril 2017 - 13h22

    L’apparition de cette nouvelle forme de travail, le blurring, entraine un nouveau rapport des salariés avec leur travail et leur employeur : la notion de temps de travail devient floue, la délocalisation des activités et le travail à distance abolit le concept de présentéisme.
    Le blurring induit de profondes modifications des conditions de travail et d’organisation dans les entreprises, favorables en terme de souplesse pour les tâches personnelles et l’autonomie, mais comportant des risques pour la santé physique et morale des salariés : http://www.officiel-prevention.com/protections-collectives-organisation-ergonomie/psychologie-du-travail/detail_dossier_CHSCT.php?rub=38&ssrub=163&dossid=541

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