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« La bienveillance au travail ne doit pas être du happy washing »

Est-il contradictoire de mettre en avant les attentes des salariés alors que les entreprises sont toujours davantage à la recherche de plus de performance économique ? Au contraire, estime Pascal Grémiaux, PDG d’Eurécia, un éditeur français de logiciels de gestion des RH et membre du club Mode(s) RH, qui revient cette semaine dans le cadre de nos tribunes RH, sur une tendance actuelle lourde des organisations : la bienveillance au travail. Pour lui, plus qu’un effet de mode, c’est en créant des conditions de travail satisfaisantes qu’il est possible d’amener le collectif à se dépasser.

Les salariés passent près de 100 000 heures de leur vie au travail. Comment faire en sorte que cela se passe le mieux possible ? Depuis quelques années, les discours managériaux ont fortement évolué : on est passé d’un management directif à la Taylor à des méthodes plus douces dans les années 70 et, maintenant, en partie avec l’arrivée des millenials sur le marché du travail et l’avènement des startups, à un management porté sur le respect et l’écoute des collaborateurs. Cela peut prêter à sourire et, c’est vrai, parfois ce management paraît artificiel. Pourtant, la bienveillance ne doit pas être que du « happy washing », à l’instar des entreprises polluantes qui s’achètent une conscience écologique.

L’économie n’a jamais été aussi mouvante, incertaine et les entreprises, pour s’adapter, doivent sans cesse améliorer leur rentabilité. Cette recherche d’efficacité passe par le facteur humain, les hommes et les femmes avec qui nous travaillons au quotidien. Quand j’ai fondé Eurécia, je me suis interrogé sur la meilleur organisation à adopter. Avant d’être entrepreneur, j’ai été salarié puis manager, je connais donc l’envers du décor. Et je sais que près d’un salarié sur deux est totalement désengagé. Comment inverser la tendance ? Je me suis intéressé au modèle de l’entreprise libérée notamment. Et puis, en creusant, cela m’est apparu comme une fausse promesse : laisser croire aux salariés que tout le monde est interchangeable, que chacun peut agir sans hiérarchie relève, selon moi, du fantasme. D’ailleurs, l’entreprise Zappos en est revenue de l’holacratie. Quant aux Chief happiness officers (CHO) qui arrivent sur le marché du travail, bien souvent ce sont des stagiaires. Cela sonne, selon moi, assez faux.

Comment avancer tous ensemble ?

Chez Eurécia, plutôt que de grands discours, nous avons porté une attention particulière aux collaborateurs et revu nos méthodes de management. Une personne extérieure à l’entreprise a commencé par étudier nos conditions de travail. Avec les directeurs de services, nous avons suivi une formation visant à nous interroger sur nos valeurs communes et répondre à une question, simple en apparence : « Comment avancer tous ensemble ? » Ce n’est pas à travers un livre de management que l’on trouve la réponse mais en parlant aux équipes, en étant attentif à leurs besoins et à leurs attentes. Je pense que le temps du management autoritaire est révolu, c’est pourquoi je mise plutôt sur un mode de management ouvert, permettant de partager et co-construire une ambiance qui stimule l’ensemble de l’entreprise.

Il est également nécessaire de faire confiance, de déléguer, de confier des tâches difficiles aux collaborateurs pour les motiver et, si nécessaire, de les aider pour qu’ils y parviennent.

« Etre sincère dans sa démarche »

Je ne crois pas aux recettes miracles. C’est à chaque entreprise d’évaluer son management et de se remettre en question. Nous avons introduit un module « bien-être » pour permettre le dialogue et avoir le retour des salariés. C’est important de permettre de tels échanges. J’encourage également les collaborateurs à parler et faire preuve d’initiatives. L’équipe communication a ainsi proposé une séance de team-building dans le sud et une autre collaboratrice a motivé les troupes pour lancer un partenariat avec le Secours populaire.

Au niveau organisation, nous essayons de faciliter au maximum la vie des salariés par la mise en place du télétravail, d’horaires flexibles, etc. Tant que l’on reste sincère dans sa démarche, je pense que cela crée un climat apaisé. Je ne suis pas certain qu’un babyfoot dans le hall d’une entreprise suffise à cela. De même, je suis tombé sur un reportage où, tous les lundis matin, le chef d’entreprise allait faire la bise à ses collègues… Est-ce vraiment ce que veulent les employés ? 

« Accepter que certains viennent faire leur job sans être surengagés »

« Parler de bonheur au travail, ça peut paraître naïf ! »

Le discours sur le bonheur au travail peut vite paraître très naïf. Je ne pense pas qu’on cherche à être heureux au travail mais à y être bien. Personne n’a envie de s’engueuler toute la journée avec ses collègues. En activant différents leviers, il est possible de créer une ambiance apaisée et sereine. Cela ne tombe pas du ciel : il est nécessaire d’être vigilant aux autres, et ne pas chercher à culpabiliser les salariés en leur parlant de bonheur au travail. De même, il n’est pas utile de demander à tout le monde d’être engagé à son poste. Pour permettre le bien-être de tous, il faut accepter que certains viennent faire leur job sans être surengagés et respecter leurs besoins. Il n’y a pas d’un côté les gentils collaborateurs et de l’autre les mauvais.

Le mot travail vient du latin tripalium qui était soit un outil de torture des esclaves, soit un outil permettant de ferrer et soigner les animaux. Certains préfèrent ne garder qu’un seul sens à ce mot. C’est dommage… Pour nous, le travail est aussi être un lieu d’épanouissement qui répond aux besoins de certains collaborateurs. Pour conclure, performance et bien-être, c’est un peu le cœur et la raison : les deux sont liés !

(Crédit photo : istockphoto.com / Thomas_EyeDesign)

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Commentaires
  1. AMEZ
    3 juin 2018 - 9h59

    Très intéressant merci pour cet article.

  2. Sanfo
    5 juin 2018 - 8h09

    J’adore cette analyse qui est réaliste ,très apprenante et inspirante !

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