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Bientôt l’interdiction des repas gratuits en entreprise dans la Silicon Valley ?

Le projet de loi vient d’être déposé de l’autre côté de l’Atlantique. Il y a quelques jours, deux législateurs de San Francisco, Ahsha Safai et Aaron Peskin, se sont érigés contre les entreprises de la Silicon Valley qui offrent les repas à leurs salariés.

Au royaume de la startup, on parle là d’une pratique très courante, qui fait partie de la vitrine et de la culture des sociétés. En proposant des repas en libre-service, dans des lieux toujours plus designs, les entreprises jouent sur cet avantage (parmi tant d’autres) pour tenter d’attirer les candidats.

Eviter « l’effet Amazon »

Mais pourquoi s’en prendre à la pause déjeuner ? Les arguments à l’encontre des cantines gratuites sont principalement d’ordre économique. « A l’heure du déjeuner, dans le quartier des affaires à San Francisco, seulement quelques personnes entrent et sortent des lunch bars. Les restaurants sur la 9ème ont des rangées de tables vides, tandis que six personnes seulement sont assises à l’intérieur du Perennial, où un chef renommé de San Francisco a pourtant été embauché récemment ».

Face à cette réalité dépeinte dans le journal San Francisco Chronicle, Ahsha Safai et Aaron Peskin veulent encourager les salariés à consommer leurs repas dans les lieux de restauration locaux, afin de soutenir « la petite économie » de San Francisco. Il s’agit pour Peskin d’éviter « l’effet Amazon qui affecte à grande échelle les commerces de détail et les restaurants à travers la région ». Une réflexion qu’il estime d’actualité et « avant-gardiste ».

Google déjà privé de repas gratuits

Le projet de loi d’Ahsha Safai et Aaron Peskin a déjà un antécédent dans la vallée. Le quartier de Mountain View, qui abrite notamment le siège social de Facebook, a déjà interdit à la société de subventionner entièrement les repas des employés, là aussi dans le but d’encourager les salariés à consommer local.

En effet, il était hors de question pour le conseiller de l’époque John McAlister, de tomber dans les travers de Google, dont les banquets gargantuesques à base d’omelettes fraîches au petit déjeuner, de sushis faits minute pour le déjeuner, et de poulet braisé et chou frisé au dîner sont devenus légendaires mais ont rendu la vie de quartier moribonde.

De son côté, pour ne pas se mettre à dos les Google, Twitter, Apple, Netflix et consorts, Peskin assure que sa mesure ne sera pas rétroactive mais ne prendra effet que dans les nouveaux locaux et les nouveaux campus technologiques. Il souligne au passage que les employeurs seront bien entendu « autorisés à subventionner une partie, si ce n’est la totalité des repas à l’extérieur ».

Remettre de l’équilibre dans la vie du salarié

La mesure a ceci d’intéressant qu’elle interroge également sur l’équilibre vie pro-vie personnelle. Il y a 20 ans, le concept de cafétérias gratuites était encore rare. Mais avec des projets tels que Village at San Antonio, qui propose désormais une offre globale aux candidats comprenant le logement, le bureau et des commerces de détail, il est essentiel d’amener les gens à sortir de leur cadre restreint. « Il s’agit d’un changement culturel », a déclaré Ahsha Safai. « Nous ne voulons plus que les employés fassent uniquement de la bicyclette ou du segway dans leur bureau, qu’ils y restent toute la journée et rentrent à la maison le soir sans avoir mis le nez dehors. Il faut faire sortir les gens, les faire échanger avec d’autres personnes et dynamiser les quartiers périphériques » insiste Ahsha Safai, qui n’hésite d’ailleurs pas à parler de « salariés séquestrés dans des cafétérias d’entreprises privées, où la nourriture est gratuite ».

Si c’est gratuit, c’est vous le produit

La formule peut décidément s’appliquer à tous les domaines de la société. Dire stop à la gratuité des cafètes serait donc une manière d’atténuer les dérives de l’esprit startup. Quand, il y a quelques années, les salariés faisaient encore clairement la distinction entre vie privée et vie professionnelle, notamment en prenant leurs déjeuners à l’extérieur, aujourd’hui, le modèle d’entreprise est davantage tourné vers l’intérieur, où les employeurs mettent tout œuvre pour garder les salariés entre leurs murs. Bien sûr, l’objectif initial de ce genre d’aménagements (cafétérias mais aussi salles de pause, de sieste, de sport…) est de favoriser le contact, l’échange entre les collaborateurs et collaboratrices, afin de favoriser leur productivité. Mais, les effets obtenus ne sont pas forcément ceux attendus…

(istockphoto.com/sanjeri)

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