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Et si l’automatisation du travail était une chance ?

Telle est l’hypothèse émise par le député Cédric Villani dans un rapport de 235 pages sur les impacts de l’intelligence artificielle sur les métiers intitulé et « Donner un sens à l’intelligence artificielle ». Selon lui, la technologie permettrait de recentrer le travail sur les compétences humaines mais il n’oublie pas qu’elle peut aussi devenir une source de risques professionnels.

Une modification certaine de « la majorité des métiers et des organisations »

Début septembre, le gouvernement confiait une mission sur l’intelligence artificielle au mathématicien Cédric Villani. Beaucoup d’études et de rapports se sont penchés sur la question de l’IA. C’est pourquoi le député LREM de l’Essonne a voulu proposer des actions concrètes : comment organise-t-on des filières, lesquelles et qui s’en charge ? Faut-il en passer par la loi ? « Le développement de l’intelligence artificielle ne constitue pas à proprement parler une quatrième révolution industrielle. Il apparaît néanmoins de plus en plus certain qu’elle va modifier la majorité des métiers et des organisations » avance le mathématicien.

« Certes, l’intelligence artificielle promet d’exécuter des tâches compliquées mais répétitives ou à forte régularité, ce qui affectera logiquement les métiers incluant ces tâches » explique Cédric Villani. « Mais cette transformation n’est pas radicalement différente de la numérisation de l’économie, phénomène déjà ancien auquel se sont adaptés – avec plus ou moins de bonheur – la banque, les transports ou la santé, en modifiant le contenu des emplois, en formant les travailleurs, en développant de nouvelles activités. » L’heure est à l’optimisme.

Sortie de la tétanie

Si ce dernier distingue automatisation, intelligence artificielle et robotisation, il concède cependant que ces trois domaines forment un ensemble complexe qui a déjà quelques effets sur l’évolution du travail. Et met en garde contre le risque important de tétanie face à l’ampleur du phénomène. Il faut dire que les prévisions ont été pour le moins alarmistes quant à la destruction massive d’emplois comme l’étude « Future of Employment » de Frey and Osborne de l’université d’Oxford qui prévoyait par exemple la destruction de 47 % des emplois d’ici une vingtaine d’années aux États-Unis. En France, ce chiffre avait été établi à 42 % d’emplois menacés par le cabinet Roland Berger. Dernièrement, l’étude produite par le Conseil d’orientation pour l’emploi (COE) rattaché au Premier ministre prévoyait, elle, que 10 % des emplois étaient menacés de disparition, et que 50 % seraient potentiellement automatisés à plus de 50 %.

Peu importe le degré de transformation, une réponse collective « à la hauteur » devait être apportée selon le mathématicien, pour enfin « prendre le problème à bras le corps sans céder à la panique ». Comment ?

« Une chance historique »

D’abord, en admettant qu’un grand nombre de tâches et métiers seront bientôt automatisables. Parmi les métiers les plus exposés à cette automatisation, on trouve ainsi les métiers manuels et peu qualifiés : agents d’entretien, caissiers, cuisiniers, mais aussi ouvriers non qualifiés de l’industrie, de la manutention, du second oeuvre du bâtiment, de la mécanique…

Ensuite, en considérant cette automatisation comme une aubaine, voire « une chance historique de désautomatisation du travail humain », pour ainsi recentrer les individus sur des capacités proprement humaines telles que la créativité, la réflexion, la résolution de problème…

Il ne faut cependant pas oublier que cette automatisation peut aussi amener de la souffrance au travail, lorsque la machine « commande » l’humain notamment (dans des entrepôts de logistique de la grande distribution par exemple).
A ce sujet, Villani regrette que la loi ne considère actuellement que la pénibilité industrielle, sans tenir compte de celle liée aux développements des technologies (exception faite du droit à la déconnexion, bien que peu encadré). De plus, pour un grand nombre d’entreprises et d’individus l’encadrement des conditions de travail est trop rigide, voire inadapté aux nouvelles modalités du travail (mobilité, flexibilité…), ne prenant pas en compte les risques spécifiques nouveaux. Le rapport préconise donc de « lancer un chantier législatif sur les conditions de travail à l’heure de l’automatisation » encadrant ces nouvelles situations de travail telles que l’obéissance exclusive aux instructions d’une machine ou l’impossibilité de discuter avec ses collègues sans passer par une interface machine… La complémentarité humain/machine va devenir un véritable enjeu et devra ainsi être au cœur de cette redéfinition de l’encadrement des conditions de travail.

Intégrer pleinement la transformation numérique dans le dialogue social

Les salariés étant les plus à même d’apprécier toutes les dimensions de leur activité, mieux intégrer leur expérience peut amener à une conception d’outils plus performants. Un changement qui leur permettrait de passer d’une démarche subie à une démarche projective d’appropriation de la future situation de travail. Cette participation des salariés aux changements organisationnels de leur entreprise devrait par ailleurs contribuer à augmenter le bien-être au travail, puisque ces changements constituent le premier facteur de stress selon l’Agence européenne pour la santé et la sécurité au travail.

Plus concrètement, Villani envisage l’intégration d’un nouveau thème dans les négociations annuelles obligatoires : la transformation numérique de l’entreprise. Les partenaires sociaux pourront ainsi réfléchir ensemble aux moyens d’adapter les compétences des individus à l’introduction de nouvelles technologies et à la complémentarité humain-machine. Ces négociations pourraient se tenir au niveau des branches ainsi qu’au niveau national.

Former des talents en IA, à tous niveaux

Le développement de l’intelligence artificielle nécessite également une profonde transformation méthodes d’apprentissage et des contenus de formation. Les individus vont devoir se doter de nouvelles compétences mais ceci ne doit pas être vu comme une contrainte selon Cédric Villani, puisqu’avec l’émergence de l’IA au travail, ces derniers vont pouvoir se délester des tâches les plus pénibles, routinières ou alléchantes.

Il conviendra toutefois d’assurer la complémentarité entre l’humain et la machine, en permettant aux travailleurs de développer des compétences cognitives transversales, mais également des compétences sociales et relationnelles et des compétences créatives. Il concède toutefois que « l’apprentissage de la créativité suppose une modification profonde des modes d’enseignement » et de donner un coup de pouce au développement de pédagogies innovantes favorisant cette créativité.

(Photo : istockphotos by getty / jiraroj praditcharoenkul)

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Commentaires
  1. Durieux Isabelle
    13 avril 2018 - 11h16

    LREM, LREM, AMEN !

  2. Yousef
    20 avril 2018 - 3h34

    Merci pour l’inscription

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