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« Aujourd’hui une compétence technique a une durée de vie entre 12 et 18 mois »

Isabelle Rouhan est entrepreneure dans le domaine du recrutement et du digital. Auteure du livre Les métiers du futur, elle livre un écrit optimiste sur l'emploi de demain.

Après 20 ans de carrière dans le monde de la communication, pourquoi avez-vous fondé un cabinet de recrutement ?

En effet, j’ai travaillé pendant deux décennies dans les métiers la communication, notamment chez Facebook. Pendant ce laps de temps, l’industrie des médias a beaucoup évolué : certains métiers liés au digital sont apparus, d’autres se sont profondément transformés, voire ont disparu. Finalement, plus rien n’est permanent, sauf le changement. C’est pourquoi je suis devenue entrepreneure en 2017. J’ai décidé de créer Colibri Talent, un cabinet de recrutement spécialisé dans la transformation des métiers, avec une importante spécificité tournée vers l’Ad Tech. L’Ad Tech, ce sont ces technologies qui permettent, grâce à la data, d’adresser des publicités plus pertinentes et mieux ciblées.

Quelle est la transformation du monde du travail la plus flagrante selon vous ces dernière années ?

Le principal changement qui impacte le travail est l’automatisation des tâches. D’après McKinsey, la moitié des heures travaillées en France seront potentiellement automatisables d’ici 2022. Mais heureusement, on ne va pas tous être remplacés par des machines ! Les analyses de McKinsey démontrent que seuls 5% des postes seraient susceptibles d’être totalement automatisés. En revanche, le besoin d’adaptation du monde du travail sera massif puisque près de 60 % des emplois pourraient être partiellement automatisés.

D’après Eurostat, 15 millions d’emplois seront créés en Europe grâce au digital d’ici 2025, alors que dans le même temps, 6 millions d’emplois pourraient être amenés à disparaître du fait de l’automatisation. La balance est donc largement positive, et les métiers changent. Nous ne sommes plus dans une logique d’emploi à vie mais d’employabilité à vie, c’est très différent.

Pouvez-vous nous parler de l’obsolescence des compétences ?

Il faut bien distinguer métier et compétence. Par exemple nous avons 7 500 pilotes de drones en France, diplômés et enregistrés auprès d’une fédération professionnelle. Néanmoins, savoir piloter un drone est une compétence (fort utile à un architecte, un géomètre ou un vidéaste), mais ce n’est pas un métier.

Il y a en effet une accélération de l’obsolescence des compétences techniques. Dans les années 70 un savoir-faire avait une durée de vie de presque 40 ans. On allait à l’école, on apprenait un métier, puis on était embauché dans une entreprise. Éventuellement, on changeait d’entreprise au cours de sa vie professionnelle, mais finalement, l’immense majorité d’entre nous bâtissait une carrière fondée sur les mêmes compétences techniques tout au long de sa vie. Le parcours était simple et relativement linéaire.

Aujourd’hui une compétence technique a une durée de vie qui oscille entre 12 à 18 mois selon l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique). Ce qui signifie que le métier que nous exercerons demain n’existe probablement pas encore. Dans le monde de la Tech, l’obsolescence des compétences est encore plus flagrante et beaucoup plus rapide. Certaines compétences techniques sont tellement volatiles qu’elles deviennent obsolètes en moins de 3 mois. C’est notamment le cas dans l’univers du trading média et du programmatique. C’est pourquoi je recommande surtout de capitaliser sur le savoir-être et les soft skills, qui sont à l’inverse clairement pérennes.

Comment les entreprises font face à cette obsolescence rapide des compétences ?

C’est parfois compliqué. Les entreprises du secteur digital font notamment face à une pénurie importante de talents. Pour remédier à cela, elles forment régulièrement leurs salariés, par exemple en créant des académies internes. Et bien sûr, elles recrutent !

Comment pouvons-nous nous adapter à ces changements ?

Chacun d’entre nous est responsable d’améliorer son employabilité. A chacun de se prendre en main, de se demander « quelle est ma valeur ajoutée ? qu’est-ce qui va être automatisable ou pas dans mon métier demain ? Comment faire concrètement évoluer mes compétences ? ». Il ne faut pas avoir peur de l’automatisation des tâches. Concrètement, ce qui automatisable, ce sont les tâches pénibles ou peu palpitantes, donc c’est une bonne nouvelle si celles-ci disparaissent.

Évidemment pour les personnes exerçant des métiers très largement automatisables (hôte de caisse par exemple…), c’est anxiogène. Mais la valeur ajoutée de ces métiers est surtout dans la relation à l’autre, et l’automatisation des tâches répétitives permettra à chacun d’avoir plus de temps à consacrer à l’échange, qui fidélise et créée de la valeur. Nous aurons de moins en moins de jobs répétitifs, et de plus en plus de métiers de service à  la personne ou de service client. Parfois la peur nous fait craindre le futur, et fige à mauvais escient. C’est pour cela que j’ai choisi d’écrire un livre, afin de partager ma vision très positive des métiers du futur. A partir de 30 interviews d’experts, j’ai eu une démarche pragmatique et documentée qui démontre que ces changements sont positifs pour l’emploi et pour les gens.

N’ayons pas peur du changement alors ?

Absolument ! L’avocat travaillera différemment demain, un médecin également, au bénéfice du bien-être du plus grand nombre. De nombreux univers sont en totale révolution : la smart city, la fonction publique, la création, l’artisanat… Le futur regorge d’opportunités pour les métiers, et l’emploi.

 Les métiers du futur d’Isabelle Rouhan en collaboration avec Clara-Doïna Schmelck. First éditions. 16,95 euros.

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