Fermer
menu

Pourquoi la drogue et l’alcool s’invitent de plus en plus au travail ?

Alcool, cannabis, cocaïne… Que ce soit pour remédier au stress ou tout simplement pour améliorer leurs performances, les travailleurs sont ainsi de plus en plus nombreux à présenter des conduites addictives au bureau. Un fléau qui posent problème aux entreprises françaises puisqu’il concerne plus de 20 millions de personnes et cause une forte augmentation des accidents du travail.

Le 5 décembre 2016 s’est tenue à Paris la seconde édition de la Journée nationale de prévention des conduites addictives en milieu professionnel. Lors de cette conférence, de nombreux professionnels de la santé ont exposé leurs recherches concernant les conduites addictives sur le lieu de travail des français. Et le constat est effarant :  plus 20 millions de salariés, qu’ils soient agents de la fonction publique, en CDI comme en CDD, en situation précaire ou non consomment des substances illicites au bureau. Parmi elles, les produits les plus consommés seraient l’alcool et le cannabis. Mais on note une hausse considérable de consommation de cocaïne, d’héroïne et même d’amphétamines. La prise de médicaments tels que des antidépresseurs et des analgésiques est également fréquente.

Demain, tous accrocs au bureau ?

Dopage et dépression

Pour les spécialistes, il y a deux catégories de consommateurs au travail : ceux qui le sont déjà à titre personnel et ceux que le stress lié travail a mené à la prise de substances addictives. Certains souhaitent améliorer leurs performances : on parle de « dopage professionnel ». Gladys Lutz, ergonome-chercheur présidente du Congrès Addictologie et Travail (Additra) explique que « les anesthésiants ou stimulants tels que le cannabis, l’alcool, l’héroïne ou la cocaïne sont devenus des recours de plus en plus répandus face à des situations stressantes pour pouvoir tenir« . En soulignant d’ailleurs que « les managers, au cœur de la situation, sont eux-mêmes consommateurs ». Des informations qui font écho à l’étude scientifique publiée dans The British Medical Journal en 2015 qui expliquait que les salariés travaillant plus de 48 heures par semaine, soit un temps de travail qui dépasse le seuil raisonnable selon une directive européenne, avaient plus de risque de devenir alcooliques que les autres.

11% des entreprises confrontées à des problèmes liés au cannabis

La santé, l’hôtellerie-restauration et le marketing sont les plus touchés

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce ne sont pas les traders qui consomment le plus de cocaïne et les ouvriers qui boivent le plus. La réalité est bien loin des clichés : l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies explique que tous les corps de métiers sont exposés, et à tous les niveaux. Selon M. Reynaud, psychiatre addictologue et président du Fonds Actions Addictions, « tous les métiers sont touchés et notamment les professions de santé, l’hôtellerie-restauration, le marketing, la création et la pêche ». Il évoque alors une « souffrance physique aussi bien que psychique ».
Face à ce constat, le gouvernement a fait de la prévention des conduites addictives en milieu professionnel une priorité et à mis en place un plan de lutte contre les drogues et les conduites addictives. De nombreuses actions ont été lancées par la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA), allant de la formation des médecins du travail jusqu’à la mise en place d’un site internet dédié aux addictions au bureau.

Les entreprises désormais autorisées à faire passer des tests aux salariés

Côté entreprises, certaines tentent d’aider leur employé concerné en lui faisant souffler dans l’éthylotest en cas de doute. A ce sujet, le Conseil d’Etat vient tout juste d’accepter qu’une employeur fasse passer un test salivaire pour contrôler la consommation de drogue. Ceci reste sous condition, comme le stipule le code du travail : « nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché ». L’employeur pourra donc faire ce test si le poste occupé par le salarié peut présenter un danger particulier pour lui-même ou pour un tiers. La procédure pourra être effectuée par un responsable hiérarchique.

Quand d’autres préféreront la manière douce en bannissant tout alcool de leur carte de restaurant/cantine. Certains DRH feront également appel à des intervenants extérieurs tels que des préventeurs, des psychologues et des assistantes sociales afin que le travailleur puisse se faire aider au travail, mais sans se sentir épié par sa hiérarchie. Quand cela ne fonctionne plus, l’entreprise peut proposer de financer une cure de désintoxication. « Mais ça ne marche que temporairement » explique Me Denis Andrieu, avocat en droit social défendant les entreprises sur ces questions de santé au travail.

Ces articles devraient vous intéresser
Commentaires

Ajouter un commentaire

Il est possible d’utiliser les balises HTML suivantes :
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>
Ce blog supporte le système Gravatar, pour obtenir le vôtre, inscrivez-vous sur Gravatar.