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« C’est dans le pipe », « shooter des mails », les 100 expressions à bannir (à tout jamais) au bureau

Quentin Périnel est chroniqueur et journaliste au Figaro. Chaque semaine, il décrypte une expression à bannir dans une chronique intitulée Le bureaulogue. « Je suis sous l’eau », « c’est dans le pipe », « on se fait un petit point ? », « shooter des mails », « comme tout un chacun… » sont autant d’expressions ou de barbarismes nés de la novlangue du bureau. Le journaliste, amoureux de la langue française, a compilé deux ans de chroniques dans un joli livre Les 100 expressions à bannir au bureau. Interview.

Comment vous est venue cette idée de chronique ?

 Je dînais chez des amis. Nous avons tous des métiers assez différents : développeur, avocat … Nous discutions de nos métiers respectifs et de notre travail, quand je me suis rendu compte que, dès que l’on aborde le sujet de la sphère professionnelle, c’est comme si on était encore au bureau. Tous, autour de la table, nous utilisions notre propre jargon auquel les autres ne comprenaient pas grand chose. Et parmi ce vocabulaire, il y avait des expressions toutes faites, que l’on retrouve dans tous les milieux : la novlangue de bureau. Ces chroniques et ce livre sont une sorte de portrait linguistique de la vie de bureau contemporaine.

Comment compilez-vous ces expressions ?

 Au départ j’en avais cinq dont j’étais sûr et que j’avais noté dans un carnet. Quand j’ai commencé ma chronique, je demandais aux lecteurs de m’en soumettre. Presque immédiatement j’ai reçu une cinquantaine de mails. Dès que j’avais 10 mails concernant la même expression, je me disais qu’il y avait matière à faire avec celle-ci. A partir de là, c’est devenu simple. Mes idées viennent également de mes amis, de mes collègues et de moi-même, puisque je me suis vite aperçu que j’employais la moitié de ces expressions ! Au fur et à mesure de ma chronique, mon oreille est devenue plus fine, j’entendais mieux les tics de langage, les barbarismes, les anglicismes et les expressions bizarres à l’image de « comme un lundi ». Je souhaitais être le plus complet possible. 80 chroniques étaient déjà parues sur le web, 20 autres étaient dans le pipe. Je les ai toutes réunies.

Vous êtes un amoureux des mots …

Oui ! Des mots désuets et de la langue française depuis longtemps. J’aime les mots qui sont en voie de disparition, j’ai toujours aimé dire des mots que les autres ne disent pas. Moi-même j’ai toujours eu des tics de langage. Je trouve cela un peu triste que nous apprenions une si belle langue sur les bancs de l’école, et que, une fois projetés dans le monde du travail, nous participions à une sorte de déconstruction de cette même langue, comme si on ne nous avait jamais rien enseigné…

Pourquoi parle-t-on la novlangue ?

L’expression qui résume parfaitement ce phénomène linguistique c’est celle qui dit « on se met en mode startup ».  Aujourd’hui, tout le monde veut se mettre en mode startup, mais sans trop savoir ni pourquoi, ni comment, finalement ! Notre inconscient nous dit que c’est stylé de parler un franglais, et plus on parle n’importe comment, plus on devient quelqu’un d’important. Quel consultant ne dit jamais « shooter des mails » ? Nous le faisons pour attirer l’attention, amusons-nous un peu et réalisons que notre manière de parler au boulot frise souvent le ridicule.

Comment construisez-vous votre chronique ?

Un tiers de mes chroniques vient de recherches que je fais auprès de l’Académie française. Il y a également une partie de mise en scène romancée. Par exemple, si j’utilise l’expression « en toute transparence », c’est très simple, il suffit de s’imaginer dans quelles circonstances on l’utilise. Il y a, enfin, une partie interprétative ou un conseil pour apprendre à utiliser une autre expression.

Pour nous, la pire c’est « Comment ça va ? Comme un lundi », et vous ?

Au début c’était l’expression « je reviens vers vous » parce que je trouvais qu’on l’avait trop entendue. Elle m’agaçait à l’oreille. Mais après réflexion, je la trouve plutôt attachante. C’est ridicule cette notion de mouvement alors qu’il n’y a pas de mouvement; Je l’avais traitée dans une chronique suite à un événement survenu au bureau. Je devais rendre un sujet à l’un de mes supérieurs, j’attendais son retour par mal, quand il m’a dit :  » Je viens vers toi », sous-entendu je te réponds, alors que précisément il s’en allait. Il ne venait donc pas du tout vers moi ! Elle est tellement drôle. Je suis attendri par cette phrase autant que je la déteste.

Petit brainstorming des prochains buzz words ?

Pour le moment, j’ai arrêté la chronique mais le bureaulogue n’est pas mort et il peut frapper à tout moment… !

 Les 100 expressions à bannir au bureau de Quentin Périnel aux éditions Le Figaro Eds, 9,90 euros.

(istockphoto.com/alvarez).

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