Témoignages : que pensent les autoentrepreneurs de leur statut ?

TemoignagesSatisfaire les artisans mécontents de cette concurrence déloyale sans renvoyer sur le marché de l’emploi des milliers d’autoentrepreneurs… La mission du gouvernement s’avère délicate sur la question de l’autoentrepreneuriat. Il a donc été question de limiter l’utilisation du statut à 5 ans, puis 2 ans… Face à la colère des groupements d’autoentrepreneurs, c’est le Premier ministre en personne qui a annoncé fin mai que « seuls les autoentrepreneurs du secteur du bâtiment verront leur activité limitée dans le temps ». Ce qui finalement n’est plus aussi sûr finalement selon la ministre Sylvie Pinel…
Bref, rien ne semble arrêté. Aussi, au milieu de cette cacophonie ambiante, Mode(s) d’emploi s’est intéressé à ces « petits créateurs » de plus près, et en particulier à 5 d’entre eux. Bilan : les autoentrepreneurs français sont des travailleurs plutôt heureux, prêts à faire des concessions, mais qui comme tous les entrepreneurs, ont eux-aussi quelques revendications… Et surtout, un avis sur une potentielle réforme.

Le choix de la simplicité administrative

Ce qui caractérise le plus le statut d’autoentrepreneur et explique son succès est sans aucun doute sa simplicité. Démarrer son activité en France n’étant déjà pas une mince affaire, alors quand il s’agit de gérer la comptabilité…
Nicolas, 33 ans, est développeur web en autoentrepreneuriat depuis janvier 2011. Chômeur avant la création de son activité, le choix de l’AE s’est rapidement imposé. « Presque aucune charge d’exploitation, l’absence de charges sociales en cas de chiffre d’affaires nul et les faibles taux de celles-ci garantissent une prise de risque minimale » constate Nicolas. « Ce régime s’avère donc idéal lorsque l’on souhaite tester une activité. »
David, 30 ans, autoentrepreneur en travaux extérieurs depuis 3 ans (l’équivalent de « paysagiste »), a choisi ce statut pour la simplicité, pour être indépendant et pour une gestion simple de la comptabilité.

Et de la flexibilité…

Idem pour Marion, 30 ans, rédactrice (et traductrice à ses heures) sous le statut d’autoentrepreneur depuis 2009, même si ce n’était pas son premier choix : « J’ai fait un trimestre en droits d’auteur mais avec l’assujettissement à la Sécurité Sociale sans possibilité d’en profiter, le fait de devoir faire confiance à l’employeur pour les bordereaux d’envoi à l’Agessa (Association pour la gestion de la sécurité sociale des auteurs)… J’ai vite laissé tomber ! »
Richard a aussi opté pour ce statut pour sa simplicité et sa flexibilité. A 26 ans, il est ingénieur en étude et développement logiciel et conçoit des applications sous le statut d’auto-entrepreneur depuis 2009. « Ce que j’aime faire, c’est mon métier. Je n’ai pas envie de passer la moitié de mon temps à échanger avec l’administration » explique-t-il. Assez rapidement Richard s’est même associé avec un autre autoentrepreneur. Ensemble, ils ont créé un GIE (Groupement d’Intérêt Economique), pour pouvoir répondre à des gros contrats, tout en gardant une certaine autonomie et flexibilité.
Benjamin, lui, est inscrit au régime d’autoentrepreneur depuis bientôt 4 ans. « J’ai choisi le statut d’autoentrepreneur durant mon premier emploi dans une SSII où j’ai eu une longue période d’inter-contrat. Travailler à mon compte me permettait donc d’occuper ce type de période, de me former sur les nouvelles technologies et également de gagner plus. »

Changer de statut, pourquoi pas

La question du changement de statut s’impose à tout autoentrepreneur qui fait des bénéfices et atteint le plafond annuel de 32 600€ HT (pour les activités artisanales, prestations de service et les professions libérales). « Mon activité étant plutôt porteuse, j’ai très vite commencé à m’informer des possibilités de changement, et surtout leurs conséquences » raconte Nicolas le développeur web. Mais pour lui, il ne s’agit pas d’un choix. « Des plafonds annuels de chiffres d’affaires sont fixés, lorsqu’ils sont dépassés, le changement est effectué automatiquement par l’Urssaf. »

Effectivement on n’a pas toujours le choix… Si ce statut n’est clairement pas l’idéal, Marion, la rédactrice, n’en voit pas d’autre dans sa situation. « J’exerce une profession libérale à mi-temps depuis mon domicile, je m’occupe également depuis 3 ans de mon fils… Je ne travaille pas assez pour avoir intérêt à monter une SARL ou autre et je n’ai aucune trésorerie. Mon CA, c’est mon salaire déduit des charges. Je n’ai que ça, je suis vraiment autonome. »
David le paysagiste ne se prend pas la tête : « Si mon chiffre d’affaires venait à dépasser le plafond » explique-t-il, « je réduirais mon activité dans un premier temps (refus de chantiers, vacances…) et réfléchirais sur le changement de statut dans un second. Si ça marche en auto-entreprise, pourquoi pas sous un autre statut ? »

Richard pense à quitter le statut à la fin de l’année 2013 justement, voire plus tôt. « Etre en TNS Réel (Travailleur Non Salarié) me permettrait sans doute d’augmenter mes marges et mon épargne pour ma retraite car je ne peux rien déduire en tant qu’AE… » analyse-t-il. « Mais il y a une lourdeur administrative en France qui me rebute. Quand je discute avec mes confrères qui sont sous le régime réel, je suis bien content de ne pas connaître leurs déboires avec l’URSAFF, le RSI, ou même les impôts… « .

Benjamin, le développeur d’applications mobiles, n’avait jusqu’à maintenant jamais songé à changer de statut : « il me permet une gestion simple de l’activité sans réelle contrainte. Il suffit de déclarer les revenus perçus tous les trimestres ». Mais il est réaliste : « si les projets continuent d’affluer, les conditions du statut d’AE pourraient ne plus être suffisantes. Je suis actuellement limité à près de 32 000 € par an, ce qui représente environ 3 à 4 projets sur l’année. Je devrais alors me pencher sur les statuts plus adaptés ou devenir freelance, mais j’attends d’avoir une vrai opportunité pour sauter le pas » confie-t-il.

Frauder ? Non merci !

La simplicité du dispositif et la faiblesse des obligations comptables rendent le risque de fraude élevé selon le rapport* sur le statut. Ironique pour un dispositif qui était destiné à lutter entre autres contre le travail dissimulé… Les résultats du plan de contrôle 2011 des auto-entrepreneurs de l’Acoss font état d’une fréquence de Calculredressements de 31,3 % sur les 1162 contrôles. Un nombre assez similaire à celui que l’on observe dans les TPE (Très Petites Entreprises) finalement.
Pour éviter de changer de statut face à l’afflux de demandes, les autoentrepreneurs ont chacun leurs astuces. « J’essaie de ne pas refuser en repoussant, quand je le peux, la facturation à l’année suivante pour ne pas me couper de mon réseau de clients » explique Nicolas, le développeur web. « Etant donné que je ne m’imagine pas ne pas déclarer mes revenus, j’arrive très bientôt aux limites de ce système et je vais désormais devoir faire un réel choix : sortir du régime ou refuser des contrats » conclut-il.
Richard atteint quant à lui le quota maximum depuis déjà deux ans. « Je l’ai même dépassé un peu en 2012 » avoue-t-il. « Si cela se reproduit en 2013, en 2014 je serais donc de facto en TNS (travailleurs non salarié) et j’aurais quitté le statut d’AE. » Mais pour lui, hors de question de ne pas déclarer tous ses revenus. Marion se montre plutôt résignée sur cette question mais n’envisage pas la fraude : « Si mon activité devait s’accroître, je ferais sûrement des simulations de statuts (EURL, etc). Mais la compta et la fiscalité française, franchement, c’est une telle perte d’énergie que je préférerais peut-être limiter mes revenus… » juge-t-elle.

Ce qu’ils disent à leurs détracteurs

Ces derniers temps, on a beaucoup parlé du régime de l’autoentrepreneur, en bien et en mal. Pressé par les professionnels de l’Artisanat et en particulier du Bâtiment de le réformer, le gouvernement a dû faire face au mécontentement des « poussins » (la nouvelle version des « pigeons », mouvement créé il y a quelques mois pour s’opposer à la nouvelle fiscalité imposée aux AE). « Je peux comprendre les revendications de certaines professions » avoue Nicolas compatissant. « Il est difficile pour des entrepreneurs avec environ 40% de charges sociales de faire face à d’autres dont le taux est de moitié inférieur. Sans parler des avantages que procure le statut au niveau fiscal… ».
Mais Marion n’est pas vraiment de cet avis : « Beaucoup disent qu’on ne paie pas assez de charges, moi je trouve que j’en paie trop ! 23,5% impôts inclus pour un mi-temps travaillé de chez moi, donc taxe d’habitation et pro sur la même surface en sus. Ni cotisation chômage, ni congé payé, et retraite au ras-des-pâquerettes. Je ne vois pas vraiment pourquoi on dit que les AE font de la concurrence déloyale ! »

Ce qu’ils pensent d’une éventuelle réforme

AutoentrepreneursPour David le paysagiste, réformer est une bonne chose : « cela fait 3 ans que je vis de cette activité et j’avais l’intention de changer de statut »… Il souligne tout particulièrement « l’option de demander une qualification pour exercer son activité en tant qu’autoentrepreneur ». Car « on peut trouver tout et n’importe quoi dans l’autoentreprise » selon lui. Pour Benjamin aussi, le développeur d’applications mobiles, « limiter le statut d’auto-entrepreneur à 5 ans lorsqu’il représente l’activité principale n’est pas un problème. Je pense que, passé ce délai, on doit être en mesure d’en vivre assez bien pour pouvoir passer à un autre stade, à un autre statut. » Mais le statut comme tremplin vers autre chose, Marion n’y croit pas. Pour elle, c’est plutôt « le seul statut existant qui me permet de créer mon propre emploi, à mon échelle, sans être porteuse de projet ou sponsorisée par 40 organismes locaux ou régionaux. Je ne demande rien à personne, je fais mon boulot, je cherche mes clients… Bref, à part donner plein de sous à l’Urssaf chaque année, je ne dérange personne. »

Pour Nicolas, la problématique est toute autre : « Plutôt que limiter la durée du statut dans le temps, je crois qu’il serait plus pertinent de réformer les statuts dans leur ensemble afin de trouver un meilleur équilibre entre les différents régimes ». Entre incitation à entreprendre et maintien des cotisations sociales, c’est sans doute là tout le dilemme du gouvernement ! Les délibérations sont même absurdes et démontrent bien « l’ignorance du gouvernement en matière d’économie » selon Richard. Son souhait à lui, « c’est au contraire de voir le statut AE se renforcer : plus de limite de chiffre d’affaires, quitte à augmenter les cotisations fiscales au-delà des 32 000 € de CA et être soumis à la TVA. Afin que les indépendants qui souhaitent exercer leurs métiers puissent le faire et ne pas consacrer leurs temps à dialoguer avec l’administration française… » C’est là justement tout le problème !

Rapport de l’Igas* : « Evaluation du régime de l’autoentrepreneur » de l’Inspection Générale des Finances (IGF) et de Inspection générale des affaires sociales (Igas) – avril 2013. Retrouvez également le mouvement des Poussins sur leur site, sur Twitter (hastag #pioupiou) et sur Facebook.

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