Que faire quand le management devient toxique ?

Il arrive que le système de management ou le manager lui-même deviennent toxiques pour les collaborateurs. Les conséquences sont désastreuses pour les individus qui subissent ce management toxique : stress, pression, problèmes de santé, burnout… Mais le management toxique est aussi une entreprise de démolition pour l’organisation elle-même. La première victime de la toxicité managériale est en effet la performance. Alors comment reconnaître les symptômes du management toxique ? Pour le savoir, nous avons posé la question à Chantal Vander Vorst, coach et formatrice et co auteur avec Patrick Collignon du livre « Le Management toxique ».

Management-toxique

Comment définir le management toxique ?

Le management devient toxique quand l’acte managérial lui-même, la façon de faire du manager, affectent fortement le bien-être et la performance des collaborateurs. L’issue dramatique la plus connue de la toxicité c’est le harcèlement, mais la toxicité ne se limite pas à cette situation.

Est-ce le manager qui est toxique ou le management ?

La toxicité peut venir à la fois du manager, de sa personnalité, mais aussi de l’organisation elle-même. On parle de management toxique plutôt que de manager toxique pour ne pas stigmatiser les personnes, ce sont généralement les pratiques qui sont en cause. Quand le style managérial devient toxique cela ne signifie pas que la personne est mauvaise, mais qu’il y a une inadéquation entre son comportement et ce qu’on peut attendre d’un manager. D’ailleurs, il n’y a pas que les managers qui peuvent être toxiques, certains collaborateurs aussi peuvent le devenir pour les autres.

Quelles sont les différentes formes de management toxiques ?

Avec Patrick Collignon, nous avons identifié dans notre livre 5 formes de management toxique. Deux se situent plutôt au niveau organisationnel : le management despote et le management mission impossible. Trois autres sont toxiques au niveau interpersonnel : le management antipathie, le management 4X4 et le management « hyper ».

Que se passe-t-il quand on est intoxiqué par un manager ?

Quand on est intoxiqué, on se retrouve souvent dans l’incapacité de réaliser des tâches, ou les conditions de travail deviennent trop déstabilisantes pour être efficace. La personne qui se sent intoxiquée doit retrouver son intention, essayer de se redresser en faisant du self-coaching.

Chantal-VanderVorst« Le management toxique ne devrait pas exister, mais c’est une réalité, il faut faire avec ! »

Comment faire pour reprendre pied concrètement ?

Pour retrouver son intégrité, il faut se mettre en mode projet et considérer que gérer le management toxique fait partie du travail. Evidemment, le management toxique ne devrait pas exister, mais c’est une réalité, il faut faire avec et le considérer comme faisant partie du projet de réalisation de soi au sein de l’entreprise.

Face à un management toxique, est-ce que changer de travail n’est pas la meilleure des solutions ?

Si vous ne supportez plus la toxicité du management de votre entreprise, avant de partir vous devez de savoir où vous en êtes. Comme dans le cas d’un deuil, il y a le choc, puis le déni et toutes les phases classiques, de la résignation jusqu’à l’acceptation et le pardon. Ce que je conseille à une personne qui a envie de partir c’est de ne pas quitter son poste quand on est dans la phase de résignation ou d’amertume. Sinon vous risquez de l’emmener avec vous. Si vous patientez jusqu’à la phase d’acceptation, vous pourrez retrouver un peu de votre souveraineté personnelle et partir quand vous l’avez décidé. C’est vraiment un chemin avec différentes phases, il faut être attentif à ces étapes, en avoir conscience.

Mais ce n’est pas évident, déjà de se rendre compte qu’on subit une toxicité à cause du style de management ?

Oui, la perte de confiance, le sentiment d’être dévalorisé sont des conséquences typiques du management toxique. Il faut être très vigilant au niveau des symptômes, à commencer par le niveau de stress. Quand la pression entraîne des maux de têtes, des insomnies ou des problèmes comportementaux, c’est un signal d’alarme. C’est important de s’observer soi-même, de voir si le niveau de stress est passager ou habituel, de se souvenir comment on était avant, de remarquer si nos habitudes, notamment alimentaires, ont changé et depuis quand. Tout simplement, si votre existence a changé à cause du management, il peut s’agir d’un symptôme.

Chantal-Vander-Vorst« Les entreprises ont intérêt à comprendre qu’une personne intoxiquée n’est pas performante »

Dans votre livre vous démontez le mythe du bon stress. Ça n’existe pas le stress positif ?

Non, le stress ne peut pas être positif, ni négatif d’ailleurs. C’est juste un indicateur intéressant. On sait aujourd’hui que plus le stress augmente, plus la performance diminue. Le stress au travail n’est pas positif, ni pour l’organisme de l’individu, ni pour l’entreprise. Ce n’est pas juste une question de se sentir bien au travail : les entreprises ont intérêt à comprendre qu’une personne intoxiquée n’est pas performante.

En abordant la question sous l’angle de la performance, c’est plus facile de faire prendre conscience du problème aux entreprises ?

Oui, c’est un langage qui leur parle. Certaines sont avant-gardistes dans ce domaine et mettent en place des programmes de bien-être en lien avec leur responsabilité sociétale. Il faut saluer et encourager ce mouvement qui va dans le bon sens.

Est-ce que la toxicité ne vient pas aussi pour une bonne part d’un manque de formation des managers ? On ne naît pas manager, on le devient, en général sans y être formé ?

Tout à fait, il y a un manque de formation et beaucoup de managers ne s’attendent pas non plus à ce que le management soit à ce point une aventure humaine. Avec des personnalités aussi différentes à gérer.

Mais l’autre cause que j’observe sur le terrain, c’est le manque de développement personnel. Quand on occupe un poste à responsabilités, il est nécessaire de travailler sur soi. En étant plus conscient de nos qualités et de nos défauts, ou de la toxicité qui découle parfois de nos actes managériaux, on a une analyse bien différente.

Qu’est-ce que les entreprises doivent faire pour limiter la toxicité du management…

Tout simplement remettre l’humain au coeur de l’organisation. Les entreprises doivent redevenir des « écoles de l’être ». En travaillant plus sur l’intériorité de chacun dans les équipes, je pense qu’on arrêterait un peu de se plaindre de ses collègues. C’est le chemin à emprunter pour dépolluer le management.

  • Couverture_management_toxiqueA lire : « Le management toxique » de Chantal Vander Vorst et Patrick Collignon, Editions Eyrolles, collection Neurosciences et vie au travail, 184 pages, 22 euros. Des extraits sont disponibles sur le site web du livre. Sur le site du livre les auteurs donnent des conseils et présentent dans le détail les différentes formes de management toxiques. Un test est aussi disponible pour savoir si votre manager vous intoxique !

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Commentaires

  1. Alain Astouric
    5 octobre 2014 - 12h45

    Le stress, c’est la vie, le moteur de nos pensées et actions !

    Mais si les stresseurs perdurent ou sont trop violents ils peuvent occasionner des menaces ingérables, des douleurs subjectives, voire des humiliations.

    Cf. « Encadrer une équipe », livre 160p. édité à la Chronique Sociale et dont la deuxième partie fournit le kit complet d’animation d’une Formation à la conduite des hommes. En vente dans toutes les librairies et sur le site meslivres2.com à cette adresse http://astouric.icioula.org/

    A cette même adresse on trouve (Gratuitement) la liste des 100 principales causes de souffrance au travail.

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