Comment "rater" à coup sûr sa création d'entreprise
Avec un tel titre, le dernier livre de Laure Grynbaum fait débat. Mais il faut dire que cette chef d'entreprise expérimentée a de quoi être agacée justement. Ecrit pour dénoncer les idées fausses, les préjugés, les conseils inopérants ou encore les raisonnements préétablis, son livre "Comment rater à coup sûr sa création d'entreprise ?" amène toutes les personnes qui souhaitent développer une entreprise à "réfléchir par elles-mêmes". Mais aussi, à ne pas se laisser tenter par tel ou tel statut parce qu'il est soi-disant plus simple ou plus pratique, comme l'auto-entrepreneuriat par exemple.
Plus que le régime de l'auto-entrepreneur, c'est donc l'hypocrisie ambiante qui règne autour de la facilité de créer son entreprise que Laure Grynbaum veut dénoncer. Nous lui avons posé quelques questions (à découvrir en fin d'article)...
"Un inventaire d'idées fausses"
Articulé comme un échange de type questions-réponses, "Comment rater à coup sûr sa création d'entreprise" propose un format plutôt original. Disons que l'interviewé serait un créateur averti, et l'intervieweur, différents "néophytes", du journaliste au porteur de projet avide de nourrir sa réflexion sur le sujet. Conseils, business plan, financement... Laure Grynbaum décrypte toutes les phases de la création pour finalement mettre en parallèle les difficultés et le plaisir d'entreprendre. A chaque idée reçue, elle répond et ouvre d'autres perspectives. Sa longue expérience de chef d'entreprise le lui permet. Elle a d'ailleurs créé il y a quelques années "Créateurs en galère", une structure qui aide les porteurs de projet motivés à aller au bout de leur création d'entreprise.
L'auto-entrepreneuriat en question
Le chapitre qui fait le plus débat est sans aucun doute "De l'entreprise individuelle et de l'auto-entrepreneur". Pour Laure Grynbaum, l'auto-entreprise n'est pas le début d'une entreprise et un auto-entrepreneur ne peut être considéré comme un créateur. Pourquoi ? Parce que le développement de son entreprise est empêché (cf chiffre d'affaires limité) et que l'auto-entrepreneuriat apporte surtout, pour le moment, un revenu d'appoint aux salariés, retraités, étudiants ou chômeurs. Et pour l'Etat, il constitue surtout un bon prétexte de "légaliser" le travail au noir. Mais le problème majeur du statut est surtout qu'il donne l'illusion aux auto-entrepreneurs de créer une entreprise selon Laure Grynbaum. La plupart d'entre eux se lance alors dans un projet à portée très limitée, pour un bénéfice qu'il l'est tout autant, sans avoir été vraiment avertis...
"On donne l'illusion aux gens que les choses sont faciles" (Entretien avec Laure Grynbaum) :
- L'annonce du récent record historique du nombre de créations d'entreprises vous a-t-elle fait sourire ?
Oui, puisque ce record est dû en grande partie aux auto-entrepreneurs, qui composent plus de la moitié des immatriculations.
- Vous faites une critique sévère du statut d'auto-entrepreneur, pourquoi ?
Nous pensons qu'il a été créé d'abord pour "détricoter" le droit du travail. De plus en plus d'employeurs qui veulent faire un essai avec un salarié lui demandent de s'immatriculer pour trois mois ou six mois et si cela convient, ils l'embauchent. Le problème est que, du coup, ce salarié n'est pas assujetti aux 35 heures, il n'a pas de congés payés, il a tous les frais à sa charge. Il est donc un TNS, un travailleur non-salarié. Le statut d'auto-entrepreneur est donc une manne pour certains employeurs. C'est du salariat déguisé.
De plus, il a été créé pour sortir ces travailleurs des statistiques du chômage. Le service public de l'emploi lui-même propose souvent aux chômeurs qu'il accueille de devenir auto-entrepreneurs. Et je peux vous trouver une dizaine de témoignages par mois sur ce type de discours.
- On sent l'agacement latent dès le titre de votre ouvrage...
Une colère plutôt ! Ce qui me met en colère, c'est lorsque j'entends que tout le monde peut être entrepreneur, même dès l'âge de 16 ans. C'est une catastrophe de présenter les choses comme cela. Tout le monde ne peut pas être entrepreneur ! La réalité ce n'est pas ça, elle est dure, même si elle est pleine de plaisir pour une personne qui souhaite vraiment être entrepreneur. Mais tout le monde n'a pas envie de l'être et de prendre ce risque.
Il est impensable d'envoyer tant de gens dans le mur alors que l'on sait que 50% des entreprises disparaissent au bout de 5 ans, et 30-35% au bout dans 3 ans. On donne l'illusion aux gens que les choses sont faciles, en témoigne le logo de l'auto-entrepreneur : un ballon avec le slogan "La création d'entreprise légère ! Légère !".
Beaucoup d'idées fausses se répandent et ne permettent pas au futur chef d'entreprise de se poser les bonnes questions. C'est pourquoi dans le livre, je m'adresse à toutes les personnes qui souhaitent construire ou développer une entreprise, en les invitant à réfléchir par eux-mêmes.
A noter que Laure Grynbaum ne fait pas la critique des auto-entrepreneurs. Son ouvrage dénonce les idées fausses qui circulent sur la création d'entreprise en général, véhiculées par un discours officiel évanescent et léger qu'elle estime dangereux.
"Comment rater à coup sûr sa création d'entreprise" de Laure Grynbaum, aux Editions de la Crise, 9,80 Euros, 138 pages. A voir également, une interview de Laure Grynbaum en vidéo.
Publié le lundi 28 février 2011 · 14:15 · Par Priscilla
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Bonjour
Le statut d'auto-entrepreneur est celui qui m'a permis de me lancer. Sans un tel outil, jamais je n'aurais osé franchir le pas. Bien sur, j'aspire à développer mon activité et à sortir de ce statut un jour. En attendant, il me permet d'apprendre justement, à être un entrepreneur.
La polémique autour de ce statut aujourd'hui, m'agace au plus haut point. Parce que je ne suis pas un entrepreneur au rabais ; je suis un entrepreneur point. Je me pose les mêmes questions, je rencontre des difficultés. Mais ce tremplin me permet de poser les choses à mon rythme et de ne pas me planter par la suite, justement...
Il est certes plus facile de s'en prendre à ce statut, que de réformer le système de la création d'entreprise dans notre pays. Et les états d'esprit.
Cordialement
Créer une entreprise ne se fait pas en 5 min. Je suis d'accord pour dire que le statut d'autoentrepreneur sert seulement à modifier les statistiques de création d'entreprises ou à masquer le travail au noir, voire carrément à utiliser les salariés. Je connais une entreprise qui utilise des salariés "autoentrepreneurs" de façon permanente donc de façon "illégale".
Merci de vos témoignages !
Il faut lire le doc suivant : http://aide-creation-entreprise.inf...
Ca s'appelle les impasses du statut d'auto-entrepreneur, c'est un peu long mais parce qu'il y a beaucoup à dire ! C'est écrit par 2 chercheurs du CNRS.
Nathalie, il faut vous y faire : en France, on ne cherche qu'à dévaloriser! Pour laisser la place à la soit-disant élite! Le statut d'auto-entrepreneur est utile et minimise les risques comme vous le dites mais il est limité. C'est le revers de la médaille! Quoi qu'il en soit : force est de constater que l'artisanat (dans le sens large du terme) est le 1er employeur en France. ALORS BON COURAGE A VOUS! Gardez en mémoire d'avoir toujours connaissance de vos concurrents, de l'évolution du marché, de ne pas laisser votre travail empiéter sur votre vie privée. Une créatrice d'entreprise qui a changé d'activité.
@Salomé & @Nathalie : je conseille de lire à tous le livre avant de juger trop hâtivement. Il ne s'agit pas de "dévaloriser" le statut d'auto-entrepreneur. D'ailleurs le statut n'est le sujet de 4 pages du livre sur 140, rappelons-le. Pages qui avertissent les personnes sur ses modalités et ses limites par rapport à une création d'entreprise au sens propre du terme...
Une Nathalie en suit une autre... Je suis aussi une AE très agacée par la dévalorisation de ce régime. J'ai eu l'occasion de lire d'autres ITW de l'auteur (toutes dirigées contre l'AE... seulement 4 pages du livre? alors pourquoi tjrs celles-ci?) et j'y ai apporté ma réponse dans mon dernier billet. J'ai moi aussi pris ses propos comme une atteinte à mon entreprise, à mon travail... Je suis une "vraie" chef d'entreprise, je ne me sens pas flouée, je sais où je vais.
Bien sur il y a des abus comme partout, mais laissez une chance à ce régime et à ceux qui l'ont sérieusement choisi !
Ceci étant, je rejoins quand même l'auteur sur un point : il faut se faire accompagner dans son parcours de création d'entreprise, quelque soit son régime (ou son statut) et ce n'est pas une particularité réservée à l'AE. C'est ce que j'ai fait grâce à ma couveuse.
Le régime AE n'est pas un outil politique, il le devient avec de tels propos, avec de telles utilisations médiatiques. et plus 2012 approchera, plus on en entendra... mais chacun sa paroisse...
Désolée si j'ai plombé un peu l'ambiance par ici mais je suis hors de moi quand je lis ça...
@Nathalie : Nathalie, merci d'avoir donné ton opinion, c'est le but du blog, pouvoir échanger, donc aucun souci, au contraire ! Il est vrai que les médias ont beaucoup axé leur synthèse du livre sur l'auto-entrepreneur, ce qui explique que Laure Grynbaum s'exprime surtout sur ce sujet, elle répond aux questions. Le régime t'a visiblement permis "d'entreprendre", après tout, c'est ce qui compte. Mais comme tu dis, tu as été accompagnée et tu sembles renseignée sur le sujet, ce qui n'est malheureusement peut-être pas le cas de tous...
Quels échanges ! Je rejoins Nathalie sur l'AE, c'est ce qui m'a permis de me lancer. Je n'aurais certainement pas osé le faire autrement. Et c'est un choix réfléchi qui me permet de "tester" mon activité sans trop de risques. Je ne souhaite pas rester AE mais cela me permet de me familiariser avec les contraintes de l'entrepreurariat. Ne faisons pas du statut AE un statut au rabais même si certains s'en servent de façon malvaillante. Je me sens véritablement une chef d'entreprise, je prends MES décisions et je les assume.
il me semble que les propos de l'auteur sur l'AE sont présentés et commentés d'une façon juste un peu plus passionnelle que prévu. Le nom même de ce statut porte le mot "entrepreneur". Sans doute l'auteur veut alerter sur cet abus de langage puisque ce statut sert à bien d'autres emplois: d'une part ce n'est pas l'unique statut pour démarrer une entreprise,et d'autre part qui prend ce statut d'auto-entrepreneur ne devient pas de fait entrepreneur. ce sont les qualités intrinsèques de la personne qui font qu'elle est "entrepreneur", pas le nom de son statut.
j'ai moi-même ce statut d'AE mais pas du tout, hélas, les gènes d'un entrepreneur. meilleurs voeux de succès à toutes et à tous.
Peut-être que le statut d'AE est avantageux pour certains, mais qu'en est-il de ceux à qui ceux-là font la concurrence?
Un artisan déclaré, un professionnel ont des frais que l'AE n'a souvent pas, voire que celui-ci ne compte pas.
Un exemple: un dépanneur informatique (exemple pris au hasard - c'est pareil pour les électriciens, les graphistes, pour ne citer que ceux-là) qui affiche ses tarifs sur internet: (30€-1h, 12€-1/2h suppl, déplacement compris sur 15km). Il suffit de chercher son nom sur FB et on voit qu'il s'agit apparemment d'un étudiant qui vit probablement chez ses parents, donc pas de frais de local professionnel, de stock etc...
Non pas que le fait de vouloir créer une entreprise soit critiquable, au contraire, mais il faut que les conditions de la concurrence soient équilibrées. Parce qu'à tarif égal, chez qui vont se diriger les clients?
Quelle garantie et assurances ont tous ces AE? La plupart sont certainement sérieux, mais j'ai moi-même le projet de m'y lancer, mais pas en bradant la valeur réelle du travail et des interventions.
On oublie trop facilement qu'il faut cotiser soi-même pour la sécu, l'urssaf, les congés, et tout le reste.
Donc impossible en toute logique de facturer les tarifs affichés par certains, et c'est là que le bât blesse.
Cordialement
@Michel : contrairement à ce que vous pensez, le client n'ira pas forcément vers l'AE et pas forcément non plus vers le prix le plus bas.
Malheureusement, tous ces procès d'intention font que l'AE est devenu suspect, suspect d'arnaque, de précarité, de manque de sérieux... Aujourd'hui le consommateur a besoin d'être rassuré et l'AE a tellement mauvaise presse qu'il doit redoubler d'effort pour arriver à décrocher un contrat !!
Par expérience je vous confirme que nombre de mes devis sont refusés au profit de "vraies" sociétés avec TVA et capital. Pour autant je continue à défendre ce régime passionnellement comme le dit plus haut @Gilles
bonne chance pour votre création.
Oui on oublie un peu trop souvent toutes les difficultés inhérentes à la création d'entreprise la première étant le risque financier !!! Même pour les modèles moins risqués tel que la franchise ( présentation ici : http://www.observatoiredelafranchis... ) il y a un certain nombre d'obligations à respecter. Il faut aussi garder à l'esprit que pour gagner de l'argent dans la création d'entreprise il faut savoir prendre des risques.