Un rapport met en garde sur la face cachée du télétravail

Malgré tous les avantages qu’il comporte, le télétravail peut également entraîner un allongement du temps de travail et une intensification de celui-ci. Il peut également provoquer stress et insomnie chez ceux qui le pratiquent. Telles sont les conclusions d’un nouveau rapport conjoint de l’Organisation internationale du travail (OIT) et de la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail (Eurofound). Des inconvénients subis en particulier par les travailleurs nomades alors que les télétravailleurs à domicile tirent plus de bénéfices de cette pratique.

Les études sur les avantages du télétravail et ses bénéfices pour l’entreprise et le salarié sont nombreuses, mais il est plus rare que l’on apparente télétravail et droit à la déconnexion. Ils sont pourtant intrinsèquement liés. Dans leur rapport « Working anytime, anywhere : The effect on the wolrd of work », l’OIT et Eurofound ont mené des recherches dans 15 pays. Argentine, Brésil, Inde, Japon, Etats-Unis dont 10 états membres de l’UE Allemagne, Belgique, Espagne, France, Finlande, Hongrie, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède. Les deux organisations se sont intéressées en particulier à plusieurs types d’utilisateurs des nouvelles technologies (TIC) : les employés travaillant hors des locaux de l’employeur, les télétravailleurs réguliers, et les travailleurs recourant occasionnellement au télétravail et au travail nomade numérique (T/TNN).

L’équilibre idéal : 2 à 3 jours de travail à domicile

Les bénéfices du télétravail sont connus : flexibilité, réduction des temps de trajet et donc du stress et des dépenses de transport, meilleur équilibre vie pro/vie perso, productivité accrue… Et pour les employeurs : une plus grande motivation des équipes, meilleure productivité, réduction de l’espace de bureaux nécessaire…

A lire : 2 salariés sur 3 souhaitent télétravailler en France

Mais cette pratique comporte également des inconvénients significatifs tels que la tendance à effectuer plus d’heures de travail, un chevauchement entre travail rémunéré et vie personnelle – qui peut engendrer un haut niveau de stress.
Le rapport fait état « de niveaux de stress élevés » chez 41% des employés « hautement mobiles », alors que 25% de ceux qui travaillent au bureau disent l’être. De même, 42% des personnes travaillant en permanence à domicile et 42% des télétravailleurs très mobiles déclarent se réveiller plusieurs fois par nuit, contre 29% chez les personnes travaillant au sein des locaux de l’entreprise. Travailler au bureau permet également d’entretenir les relations avec les collègues, c’est pourquoi Jon Messenger, co-auteur du rapport, préconise un télétravail à temps partiel pour « garder le contact ». Pour lui, « l’équilibre idéal semble être 2 à 3 jours de travail à domicile. Peut-être que les sociétés devraient y recourir plus souvent, car cela a des effets positifs, non seulement pour les employés mais également pour l’employeur » conseillait-il lors d’une conférence de presse à Genève.

Télétravailleurs à domicile et travailleurs nomades ne tirent pas les mêmes bénéfices

Il faut toutefois relativiser ces résultats puisque le rapport fait une distinction entre les télétravailleurs à domicile, qui jouissent des avantages en priorité comme une meilleure conciliation vie pro/vie perso ; et les travailleurs nomades. Ces derniers sont en effet particulièrement exposés aux répercussions négatives du télétravail, qui impactent directement leur santé et leur bien-être. C’est toute l’ambivalence du recours du travail à distance. « Ce rapport montre que le recours aux technologies de communication modernes favorise un meilleur équilibre global entre vie professionnelle et vie personnelle mais, dans le même temps, il estompe la limite entre travail et vie personnelle, selon le lieu de travail et les caractéristiques de chaque profession », analyse Jon Messenger de l’OIT, co-auteur du rapport.

« Garantir un minimum de périodes de repos afin d’éviter les effets délétères sur la santé et le bien-être des travailleurs »

Des solutions pour réduire les inconvénients du télétravail

Il est possible de lutter contre ces disparités cependant. L’OIT et Eurofound préconise ainsi d’encourager le télétravail formel à temps partiel afin d’entretenir les relations entre collègues et de favoriser le bien-être plutôt que d’avoir recours au télétravail informel qui implique des heures de travail supplémentaires et souffre d’un manque de cadre restrictif. Pour Oscar Vargas de l’Eurofound, « il est vraiment important de s’attaquer au problème du travail supplémentaire réalisé grâce aux technologies de communication modernes, par exemple le travail additionnel à domicile qui peut être considéré comme des heures supplémentaires non rémunérées, et aussi de garantir un minimum de périodes de repos afin d’éviter les effets délétères sur la santé et le bien-être des travailleurs ».

La plupart des initiatives mises en place concernent à ce jour le télétravail régulier à domicile mais ce sont en réalité le télétravail occasionnel et informel et le travail nomade qui posent problème. Une récente étudie PageGroup sur l’usage du numérique et l’équilibre vie professionnelle et vie privée révèle par exemple qu’en France, 75% des travailleurs équipés d’appareils mobiles professionnels travaillent pendant leur temps libre.

Un droit à la déconnexion à démocratiser

Pour l’OIT et Eurofound, le besoin de se déconnecter pour maintenir la séparation entre travail et vie personnelle et familiale grandit à mesure que le télétravail se répand. Ce qui pousse notamment les pays à légiférer, mais il reste un long chemin à parcourir en ce sens. Au niveau européen, l’UE s’est doté d’un accord-cadre sur le télétravail concernant le télétravail régulier à domicile. Depuis le 1er janvier 2017, la France a quant à elle englobé plus largement le travail à distance via les nouvelles technologies de communication en instaurant l’obligation pour les entreprises de garantir un droit à la déconnexion à leurs salariés, une première mondiale.

Le rapport OIT-Eurofound conclut en faveur de ce droit à la déconnexion et préconise même de passer par l’application de mesures concrètes pour le favoriser comme l’extinction des serveurs informatiques en dehors des heures de travail afin d’empêcher l’envoi de courriels pendant les temps de repos et les vacances, déjà pratiquée dans certaines entreprises.

Consultez le rapport OIT-Eurofound sur le télétravail et sa synthèse en Français

Ces articles devraient vous intéresser

Commentaires

Ajouter un commentaire

Il est possible d’utiliser les balises HTML suivantes :
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>
Ce blog supporte le système Gravatar, pour obtenir le vôtre, inscrivez-vous sur Gravatar.