Vers la fin du salariat ?

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L’économie numérique révolutionne l’organisation du travail. Montée en puissance du travail non salarié, automatisation, travail indépendant… Il nous faut repenser l’emploi salarié et construire des formes de travail qui correspondent au modèle de société dans lequel nous vivons.

Speaker-pic-235x235Diana Filippova, Responsable des relations « écosystème start-up » chez Microsoft et membre du think tank OuiShare, a abordé cette problématique du salariat au Web2day, événement web sur l’innovation numérique dont le Blog du Modérateur de RegionsJob est partenaire.

Selon son analyse, aujourd’hui, le statut de salarié n’est plus le statut le plus répandu. Les freelancers, les « moonlighters », les autoentrepreneurs ou encore les « ubers » sont de plus en plus nombreux. Mais deux visions de ces nouvelles formes de travail s’opposent. : les plus pessimistes y voient une précarisation et une fragilisation des salariés tandis que les plus optimistes perçoivent là une opportunité pour les travailleurs de se libérer des organisations, des rythmes et des contraintes du salariat.

Entre emplois traditionnels, « bullshit » ou « à la demande »

Le sacro-saint CDI et le statut de salarié restent la référence et la variable d’ajustement pour une vie économique, sociale et culturelle de qualité. Or, la crise de 2008 a bougé les lignes et les emplois traditionnels ont chuté pour être rattrapés par les « bullshits jobs ». Par ailleurs, les salariés qui occupent encore des postes « traditionnels » font part d’une insatisfaction massive. Leur travail devient de plus en plus chronophage, l’équilibre vie pro-vie perso est bouleversé et ils sont de plus en plus tentés par l’auto-entrepreneuriat pour retrouver une autonomie et un sens à leurs missions. Le « transitional employment » (emploi à la demande) est donc en forte croissance et les freelancers sont devenus les « stakhanovistes modernes » selon Diana Filippova (comprenez des travailleurs très productifs dévoués à leur travail).

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Fin des 35h et des congés payés pour plus de liberté

Selon Diana Filippova, nous vivons les dernières années du salariat basé sur les 35 heures et les congés payés. L’avenir tend vers un paiement à la tâche où chacun gérerait son temps de travail et son organisation en toute liberté, et où il n’y aurait plus d’âge standard pour les départs à la retraite.

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Avec 53% de Français convaincus qu’ils pourront – et devront sans doute – proposer leurs compétences là où elles seront nécessaires, sans pour autant appartenir à une entreprise en particulier, la masse salariale que l’on connait aujourd’hui pourrait donc se changer en un ensemble de freelances, collaborateurs temporaires ou auto-entrepreneurs (sondage ADP France).

Un revenu universel pour tous

A l’heure actuelle, ces nouveaux statuts hors du cadre du salariat classique sont encore trop synonymes d’insécurité et d’imprévisibilité pour la plupart d’entre nous. Toutefois, avec 85 à 88% de travailleurs indépendants qui se déclarent satisfaits de leur mode de travail (chiffres de Sara Horowitz, fondatrice de freelancersunion.org), il est grand temps que l’on considère cette économie servicielle comme une voie qui sortirait le pays d’une logique sclérosée.

Comment permettre à ces travailleurs d’en finir avec ces problèmes d’anxiété et d’insécurité ?Diana Filippova aborde plusieurs pistes :

  • Refondre es institution de sécurité sociale pour les rendre plus adaptées et plus inclusives. Le modèle social du XXIème siècle doit pouvoir inclure non seulement les salariés, mais aussi les travailleurs à la demande, les freelancers, les digital workers et les travailleurs pauvres.
  • Préserver et donner plus d’importance au compte personnel d’activité (CPA), qui devrait, selon elle, constituer la colonne vertébrale d’une nouvelle loi du travail.
  • Instaurer un revenu universel de façon à assurer aux non-salariés un revenu fixe.

Thatcher/Renzi : même combat ?

Malheureusement, Diana Filippova déplore une déconnexion des élites politiques et administratives de la notion de travail au XXIème siècle. Leurs solutions ne sont ni adéquates ni adaptées aux enjeux des nouvelles formes de travail. S’appuyant sur l’actualité de la France, la Responsable des relations « écosystème start-up » chez Microsoft estime que la loi El Khomri est encore trop ancrée dans une conception conservatrice et révolue de la notion même de travail. Selon elle, les auto-entrepreneurs ne sont pas intégrés dans les réflexions des gouvernements et n’ont toujours pas de statut digne de ce nom, poussant même sa réflexion jusqu’à une comparaison osée mais édifiante : « entre Margaret Thatcher et Mateo Renzi, finalement, c’est la même chose. Rien n’a chagé. »

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Dessin mêlant les visages de Margareth Thatcher et Mateo Renzi

Plus que la fin du salarié, c’est donc la fin d’un mode de travail que met en avant Diana Filippova. Le travail, ce n’est pas uniquement le salariat, et il le sera de moins en moins avec les nouvelles technologies, l’automatisation et la robotisation. Il est essentiel, selon la membre du think tank OuiShare, d’abandonner une vision périmée du travail pour remettre au centre du débat l’économie collaborative et permettre au travail à la demande, aux freelances, aux jobs de services et au travail associatif d’être mieux accompagnés, en toute sécurité, dans la création de nouvelles richesses.

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