Mobilité et logement : les salariés ont besoin d’aides

ExpatriationLes problèmes de logement se répercutent sur la bonne marche des entreprises selon la dernière étude du CREDOC réalisée pour le Medef. 40% des établissements se disent affectés par les difficultés de logement de leurs salariés et pour une entreprise sur quatre, elles compliquent même le recrutement de nouveaux talents. Mais que font réellement les employeurs en matière de prise en charge de la mobilité ? Beaucoup de grands groupes ont mis en place des dispositifs d’aide intervenant lors d’une embauche ou d’une mutation, mais d’autres entreprises, les PME surtout, sont à la traîne…

Pas tous logés à la même enseigne

Aide à la mobilité et l’aide au logement sont aujourd’hui indissociables. Les deux sont aujourd’hui gérées par Action Logement, anciennement 1% logement, auprès de laquelle cotisent obligatoirement les entreprises (à hauteur de 0,95% de la masse salariale).
Pour attirer les candidats, retenir leurs talents et/ou pallier à la crise de l’immobilier, les entreprises peuvent recourir à cet organisme ou mettre en place leurs propres dispositifs comme une prime de déménagement ou le paiement d’un logement provisoire pour les nouveaux collaborateurs ou leurs salariés en mutation. Cependant, tous les employés ne sont pas logés à la même enseigne. Les dirigeants d’entreprise reconnaissent en effet que les problèmes de logement concernent surtout certaines catégories de personnel : les jeunes salariés, les intérimaires, les travailleurs saisonniers et les familles monoparentales. Les salariés « à haut potentiel » ne seraient pas vraiment concernés par le problème selon les dirigeants.
Mais en réalité, la crise du logement touche toute la société. 71% des cadres indiquent aujourd’hui qu’ils refuseraient une opportunité professionnelle si celle-ci occasionnait un déménagement. Changer de région n’est en effet pas si simple. Outre les frais occasionnés, déménager peut générer du stress et rendre l’intégration dans la nouvelle ville difficile pour n’importe quel salarié.

Les dispositifs inégaux selon les entreprises

Selon le Crédoc, seulement 25% des établissements font le choix de l’Action Logement qui propose toute une batterie d’aides (recherche et visites de logements, aide à l’installation et aux formalités, avance du dépôt de garantie, aide au déménagement, subvention et/ou prêt…). 35% ont mis en place des dispositifs d’aide spécifique comme les prêts à l’acquisition et à la construction, les offres de logements locatifs… D’autres entreprises proposent des documents d’informations sur le logement et les aides, des aides financières, ou plus rare, un logement détenu par l’entreprise ou une assistance sociale directe aux salariés. En général, les grandes structures se montrent très investies sur cette question contrairement aux moyennes et petites entreprises qui ressentent moins l’impact de la crise immobilière sur leurs salariés puisqu’implantées en dehors des grandes agglomérations. De plus, elles disposent également de moyens humains et financiers moindres et sont en général moins bien informées sur les dispositifs existants.

Les salariés témoignent

  • Arnaud, 34 ans, Responsable des flux centraux au sein d’un grand groupe agroalimentaire (logistique) : « il faut savoir se donner les moyens de s’entourer de bons collaborateurs ».

Installé près de son lieu de travail dans le Lot depuis plusieurs années, il a pris un poste dans une filiale du Groupe près de Chartres pour se rapprocher de ses amis et de sa famille. Il a bénéficié de plusieurs dispositifs d’aide à la mobilité via son entreprise et l’Action logement comme la prise en charge ses frais d’hôtel le temps de trouver un appartement sur place, la prise en charge de ses frais de déménagement, la prime à la mobilité. « Les entreprises qui ne mettent pas de dispositifs facilitant la mobilité se privent de certains talents » explique Arnaud. « La mobilité est déductible des charges des entreprises, c’est une aide ! Et il faut savoir se donner les moyens de s’entourer de bons collaborateurs. »

  • Xavier, 38 ans, Directeur R&D dans une PME : « l’aide à la mobilité m’a été d’un grand secours »

Xavier a accepté une promotion de la part de son entreprise en 2006 de la Somme vers le Tarn. Son entreprise a pris intégralement à sa charge le coût du déménagement. « Il est clair que l’aide à la mobilité m’a été d’un grand secours » reconnaît-il. « Même avec un salaire de cadre, un tel changement entraîne en effet des frais assez importants ». Grâce à son employeur, il a aussi pu bénéficier des avantages du 1% logement et de l’aide Locapass, notamment la prise en charge du double loyer. « En bref » explique-t-il, « cette aide à la mobilité m’a permis de basculer sereinement d’un site à l’autre sans avoir ni perte financière ni stress. Sans cet accompagnement, j’aurais dû décliner l’offre, ce que j’aurais sans doute regretté. »
Pour Xavier, une aide est tout autant importante pour un futur collaborateur. « Au-delà du travail proposé (poste, autonomie, responsabilités, possibilité d’évolution…) et à rémunération équivalente, ce genre d’avantages peut faire pencher la décision dans le cadre d’un recrutement » juge-t-il.

  • Jean-Philippe, 28 an, RRH au sein d’un grand groupe agroalimentaire dans l’Est de la France : « l’aide à la mobilité est un avantage concurrentiel »

Lors de son arrivée dans son entreprise actuelle, Jean-Philippe a bénéficié d’une aide à l’embauche avec déménagement et aide à la recherche d’un logement par un organisme spécialisé. « Pour moi, cette aide était une obligation pour que je vienne dans la région où se situe dans l’entreprise : c’est une région peu attractive et loin de ma vie familiale. Sans cette aide, je n’aurais pas signé mon contrat. »
Dans des régions peu attractives comme l’Est ou le Nord de la France, les entreprises doivent attirer leurs talents via des avantages annexes. Pour Jean-Philippe, « l’aide à la mobilité est un avantage concurrentiel grâce à laquelle un salarié peut faire son choix entre deux entreprises ».

  • Cécile, 32 ans, commerciale dans une PME : « je me suis débrouillée toute seule »

Toutes les entreprises ne mettent pas autant de moyens à disposition de leurs employés. Installée à Lille, Cécile a accepté une proposition de mutation dans le sud de la France. Un voyage qui ne s’est pas fait sans difficulté. « J’ai été très peu informée pour bien gérer mon changement de région. J’ai dû négocier afin que mon entreprise prenne en charge la totalité de mes frais de déménagement et non pas seulement la moitié. Mais pour tout ce qui est de l’installation, la recherche d’un logement, les visites sur place, je me suis débrouillée seule ».
De plus, son entreprise a mis du temps à lui trouver une remplaçante à son ancien poste, ce qui a retardé sa mutation officielle. Une situation qui a engendré du stress et a compliqué son intégration. « Pour ma part, j’ai eu la chance de bouger vers une région très attractive. Mais je suis arrivée à mon nouveau poste fatiguée, avec une baisse de motivation vu les frais engagés et le stress engendré. »

45% des établissements ont mis en place des dispositifs en faveur de la mobilité et du logement (Action Logement ou autres). Dans les grandes entreprises, les conditions de logement des salariés font partie des sujets de préoccupation de près d’1 établissement sur 2. Si certains grands groupes ont compris l’enjeu de favoriser la mobilité de leurs salariés ou futurs talents, il reste du travail dans les PME et TPE.
Pour remédier à ce problème, la plupart des entreprises comptent surtout sur les collectivités locales. Selon le Crédoc, elles souhaitent également être associées aux projets d’aménagement du territoire, notamment à l’élaboration des Plans Locaux d’Urbanisme (PLU) et des Programmes Locaux de l’Habitat (PLH). 25 % des entreprises se disent même prêtes à dégager du temps pour s’investir dans l’élaboration de ces programmes. Encore faudrait-il qu’elles favorisent déjà la mobilité de leurs salariés avec les dispositifs mis à leur disposition.

Consulter le rapport du CREDOC

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